10/02/2012

Les institutions

Le terme « institution » recouvre l’ensemble des lois qui régissent une cité : c’est une notion d’origine politique.

Pour Durkheim, ce sont toutes les croyances et tous les modes de conduite institués pour la collectivité. La sociologie est la science des institutions, de leur genèse et de leur fonctionnement. Les faits sociaux sont définis en termes d’institutions, ce qui permet de montrer leur transmission, leur respect, leur origine …

On retrouve les termes d’un conflit de méthodes entre sociologie et histoire : les historiens étudient des événements qui sont uniques par nature. (A l’origine de la création d’un nouveau courant de pensée : l’école des Annales).

Pour Saussure (1916) c’est le langage qui est une institution humaine. Au contraire des lois ou des coutumes, la langue n’est déterminable que par des rapports humains.

Pour Weber, il faut distinguer trois types de groupements sociaux :

-         les entreprises : poursuite d’objectifs spécifiques

-         les associations : soumission volontaire à des règlements

-         les institutions : les règlements s’imposent à une partie de la population

L’Etat et l’Eglise sont donc les principales institutions.

Dans l’œuvre de  Parsons, on trouve trois grandes approches de la notion :

-         le contenu des intérêts personnels des agents est organisé par des institutions sociales : critique de l’approche économique rationnelle

-         les institutions sont la base d’interactions qui entraînent des comportements variables : allant de l’institutionnalisation à l’anomie

-         les institutions font l’interface entre culture et société

Gurvitch (1950) critique ce terme du fait de sa polysémie : notion trop large (comprend les croyances, les valeurs, les idées …) et trop étroite (aucune place pour le désordre).

Pour Boudon (1979) les institutions ne servent qu’à distinguer entre les systèmes fonctionnels et les systèmes d’interdépendance (qui ne renvoient pas à un arrangement institutionnel).

Berger & Luckmann considèrent qu’une institution suppose un triple processus :

-         extériorisation : sont instaurées par des individus

-         objectivation : acquisition d’une réalité extérieure

-         intériorisation : acceptation par une communauté

Q : les institutions facilitent elles les relations sociales ?


I] Le pouvoir

Le pouvoir est un rapport social entre des individus ou des groupes sociaux.

  • Le pouvoir brut

Russel (1938) estime que le pouvoir est la production d’effets recherchés : « pouvoir de ».

Tandis que Baechler (1978) insiste sur le fait que les individus s’appuient sur d’autres individus pour atteindre leurs objectifs : « pouvoir sur ».

Pour Weber (1922) le pouvoir est toute chance de faire triompher au sein d’une relation sociale sa propre volonté, même contre des résistances. Cela met en valeur l’existence d’une opposition potentielle.

Ainsi, Weber insiste sur les aspects coercitifs du pouvoir : l’Etat par exemple dispose du monopole de la contrainte physique légitime dans le domaine politique. La force est donc le garant ultime du pouvoir. L’acceptation du pouvoir repose donc à la fois sur la légitimité et la contrainte : cela permet de coordonner l’autorité selon des configurations variables.

  • Aspects inter-relationnels

Pour Dahl (1961) le pouvoir est la capacité d’une personne à obtenir qu’une autre fasse quelque chose qu’elle n’aurait pas fait sans cette intervention. C’est une relation asymétrique. Peu importent les moyens : force, menace, manipulation … D’autant qu’il conteste l’idée que les décideurs représentent un ensemble unitaire et cohérent : son étude porte sur une ville américaine et sur trois types de décisions (nomination des candidats politiques, rénovation urbaine et éducation) et fait apparaître une pluralité des centres de décision. Les décideurs se spécialisent en fonction de la nature du problème à traiter. Les ressources du pouvoir local sont donc fragmentées. Mais particularité propre au système politique US.

Pour Elias (1987) c’est la complexité de la division du travail dans les sociétés contemporaines qui rend les hommes dépendants les uns des autres : le pouvoir naît de cette interdépendance. L’exercice du pouvoir découle du fait qu’un individu dépend davantage d’autrui, que celui ci ne dépend de l’individu.

Pour Crozier & Friedberg (1977) le pouvoir est la capacité d’obtenir par négociation qu’une autre personne réalise un échange qui soit favorable. Les relations entre individus sont déséquilibrées, mais toute personne dispose d’un pouvoir variable en fonction du contexte. Cette marge est la zone d’incertitude que chaque individu contrôle dans une organisation.

Ex : expertise, contrôle de l’information, lien avec l’environnement, maîtrise des règles

 

II] La domination

La notion de domination tend à analyser la dynamique du pouvoir.

  • Les sources de la domination

Pour Marx (1846) la domination est indissociable de la lutte des classes pour la propriété des moyens de production. Elle découle en premier lieu de l’exploitation économique.

De plus, la domination relève d’une exploitation idéologique : les pensées de la classe dominante tendent à s’imposer. Enfin, la domination est politique car les classes dirigeantes s’approprient l’appareil d’Etat.

Selon Weber (1922) il existe deux formes de domination :

-         la domination par constellation d’intérêts : d’origine économique

-         la domination par autorité : rapport de commandement et d’obéissance

On retrouve des notions familières à sa pensée : l’obéissance peut découler de la tradition, du charisme ou de la rationalité. Ce sont les fondements de la légitimité.

Dahrendorf (1959) distingue le pouvoir et l’autorité : le pouvoir est une relation liée à la personnalité des individus, alors que l’autorité découle de la légitimité à user du pouvoir. Les relations de fait et de droit sont distinctes et fondent les différences de classe. Les dirigeants sont autorisés à commander et les autres sont obligés d’obéir.

  • La domination à l’origine des rapports sociaux

Pour Bourdieu, les rapports de domination sont au cœur de l’analyse sociologique (1994). Ils découlent des positions sociales occupés par les individus dans des champs. Les positions dépendent de la quantité de capital possédée et de la nature de ce capital (économique ou culturel). A l’intérieur de chaque champ, les classes dominantes (celles qui possèdent le plus de capital adapté) justifient de manière symbolique leur situation pour légitimer leur domination. Analyse à rapprocher de l’étude des élites.

Ex : les institutions scolaires sont dominées par les grandes écoles

Ex : le patronat français est composé d’une élite très restreinte

Pour Giddens (1979) la domination découle de la structure de la société : celle ci se constitue sur des interactions, des relations de pouvoir asymétriques, des ressources inégales … Le pouvoir et la domination sont complémentaires : ils permettent de constituer la structure de la société, càd de favoriser des relations (qui ne sont pas figées).

 

III] La négociation

C’est un processus par lequel deux ou plusieurs parties interagissent dans le but d’atteindre une position acceptable au regard de leurs divergences.

  • Négocier dans les conflits

La négociation permet aux individus de résoudre les conflits sociaux.

C’est toutefois une notion qui brasse des intérêts variés et contradictoires (individuels, collectifs …) et dont l’équilibre n’est pas toujours stable.

La négociation suppose au préalable une divergence d’intérêt. C’est à la suite d’un processus d’échange et de concessions réciproques que cette divergence pourra être résolue.

Les parties qui négocient sont dans une situation de dépendance, qui peut être mutuelle ou asymétrique.

On peut utiliser les outils de la théorie de jeux stratégiques pour modéliser la négociation : c’est un processus qui tend vers l’équilibre. Mais il faut également prendre en compte les aspects culturels, et la spécificité du processus de communication adopté.

  • L’extension du domaine de la négociation

La négociation a ainsi émergé dans le domaine de la diplomatie pour régler les litiges militaires. Elle a connu une forte expansion dans le domaine du commerce. Elle est aujourd’hui une notion transversale : du travail, Reynaud (1995) à la famille, Kaufmann (1992).

Mais même si de nombreuses disciplines apportent leur pierre à l’édifice (économie, anthropologie ou psychologie notamment), il n’existe pas de théorie de la négociation : on se contente de la comprendre et d’en identifier les facteurs clés.

Ex : analyses de la crise des missiles à Cuba par Aron ou Crozier

C’est finalement plus un processus créateur de lien social, qu’un but en soi, Thuderoz (2000).

 

Conclusion :

Il faut aller au delà des rapports juridiques pour comprendre la société.

Cependant, il est nécessaire de tenir compte des institutions pour analyser le changement social, les conflits d’intérêt …

 

Références :

BAECHLER, Jean : Le pouvoir pur, Calmann Levy, 1978

BERGER, Peter & LUCKMANN, Thomas : La construction sociale de la réalité, Armand Colin, 1966

BOUDON, Raymond : La logique du social, Hachette, 1979

BOURDIEU, Pierre : Raisons pratiques, Seuil, 1994

CROZIER, Michel & FRIEDBERG, Ehrard : L’acteur et le système, Seuil, 1977

DAHL, Robert : Qui gouverne ?, Armand Colin, 1961

DAHRENDORF, Ralf : Classe et conflit de classe dans la société industrielle, Mouton, 1959

DURKHEIM, Emile : Les règles de la méthode sociologique, Puf, 1895

ELIAS, Norbert : La société des individus, Fayard, 1987

GIDDENS, Anthony : Central problems in social theory, University of California Press, 1979

GURVITCH, Georges : La vocation actuelle de la sociologie, Puf, 1950

KAUFMANN, Jean Claude : La trame conjugale, 1992

MARX, Karl : L’idéologie allemande, Nathan, 1846

PARSONS, Talcott : The social system, The free press, 1951

PARSONS, Talcott : On institutions and social evolution, University of Chicago Press, 1982

REYNAUD, Jean Daniel : Le conflit, la négociation et la règle, Octarès, 1995

RUSSEL, Bertrand : Le pouvoir, Syllepse, 1938

SAUSSURE, Ferdinand De : Cours de linguistique générale, Payot, 1916

THUDEROZ, Christian : Négociations, Puf, 2000

WEBER, Max : Economie & société, Plon, 1922

20:13 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Sociologie |  Facebook | | |

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