10/02/2012

L'expérience soviétique

Phénomène qui débute avec la révolution d’octobre 1917 : déclenchée par la guerre et basée sur la révolution de février d’inspiration sociale-démocrate.

Plusieurs points sont essentiels :

  • Le rapport avec Marx

Les soviétiques s’inspirent de Marx mais doivent adapter sa pensée à la spécificité de la Russie. Pour Marx, le communisme s’appuie sur la classe ouvrière et les syndicats comme agents du changement. Pour Lénine, le communisme passe par la politique : un parti doit organiser les masses pour les guider vers le socialisme.

Le communisme soviétique est donc un « socialisme sans Marx » Nove (1983).

  • Le rapport avec la politique

Avant d’être un événement économique, le bolchevisme est avant tout une expérience politique. Le régime qui est mis en place à partir de 1917 peut être considéré de deux manières selon Werth : pour l’école totalitarienne, c’est un régime basé sur l’endoctrinement et la terreur d’un état tout puissant ; pour l’école révisionniste, c’est un régime qui contient à la fois des éléments de consensus social et d’incohérences.

  • Le rapport avec le capitalisme

L’expérience soviétique marque une rupture économique mais qui s’inscrit dans le capitalisme. Celui-ci n’est pas nié, il devient même le « capitalisme d’état » càd entre les mains du pouvoir politique.

  • La situation économique de la Russie en 1917

Pays essentiellement agricole, très faiblement industrialisé et donc classe ouvrière ultra-minoritaire. C’est donc un paradoxe que la révolution bolchevique ait eu lieu en Russie, et cela va en déterminer en grande partie le cours : la classe la plus représentée étant la paysannerie dont les rapports avec le pouvoir seront fluctuants et conflictuels Lewin (1966).

  • Les premières étapes du communisme soviétique

Le communisme de guerre (1917-1921) : pays assiégé, réquisitions agricoles, nationalisations à géométrie variable (surtout dans le domaine financier), centralisation économique et démonétisation de l’économie (contre l’inflation).

La NEP (1921-1928) : mise en œuvre du capitalisme d’état et retour partiel au marché dans le domaine agricole qui favorise un redressement industriel.

Les premiers plans quinquennaux (1928-1940) : l’enrichissement des koulaks et la volonté d’industrialiser le pays poussent Staline à mettre un terme à la NEP et à mettre en œuvre une collectivisation généralisée de l’économie basée sur une planification centralisée impérative.

La deuxième guerre mondiale (1941-1945) : mobilisation économique du pays et effort de guerre exceptionnel grâce aux sacrifices humains de la population.

Q : pourquoi cette expérience a pu être considérée comme un modèle économique alternatif ?

 

I] Extension de l’économie soviétique

Après la victoire au terme du second conflit mondial, l’URSS est la deuxième grande puissance mondiale.

  • Un système économique

La poursuite des plans quinquennaux a permis la reconstruction du pays et l’industrialisation massive. Ex : énergie et sidérurgie. L’URSS demeurant dans une logique de guerre.

La société soviétique est en mutation : le nombre de paysans baisse, celui des ouvriers augmente. Phénomène d’exode rural et d’urbanisation.

Le système communiste est marqué par plusieurs faiblesses :

-         la bureaucratie : l’économie est administrée de manière centralisée par le Gosplan. Les objectifs sont souvent irréalistes. Les prix et les financements sont fixés arbitrairement. La logistique est inefficace. La production est déconnectée des besoins sociaux.

-         les déséquilibres sectoriels : l’industrie lourde étant privilégiée, ni les biens de consommation, ni l’agriculture ne sont suffisamment développés. Certains biens sont donc rationnés.

-         la déstalinisation manquée (Asselain) : à partir de 1953 le changement à la tête du régime ne remet pas en cause le modèle stalinien. Les évènements politiques du bloc soviétique relèguent l’économique au second plan et débouchent sur une relance de la planification volontariste.

L’extension de l’économie soviétique correspond à l’utilisation de la planification comme politique économique. Les plans sont parfois révisés ou abandonnés. Ex : défrichement de terres ou industrialisation de secteurs peu développés.

On peut également y voir la marque des stratégies géopolitiques de l’URSS : le nucléaire et l’aérospatial.

Pour Zaleski (1980) la planification est à la fois un instrument de gestion de la conjoncture et la marque d’une vision d’avenir. Mais le plus important dans cette démarche est qu’elle permet de stimuler la production (l’effort) plutôt qu’atteindre impérativement ses buts.

Les tentatives de réforme de la planification (déconcentration) ne seront pas efficaces car les plans continuent de fixer des objectifs irréalistes.

En 1964, les nouveaux dirigeants décident donc de centraliser à nouveau la planification, d’y adjoindre l’autonomie financière des entreprises et l’intéressement des travailleurs. De plus, l’URSS tente de favoriser le développement technologique de la gestion.

Mais l’URSS est en train de subir un ralentissement de sa croissance économique : les objectifs des plans ne sont pas atteints, ils sont inadaptés à un accroissement des richesses, la politique étrangère rend nécessaire les investissements à l’étranger.

  • Le bloc soviétique

Parallèlement au communisme en URSS, les économies des démocraties populaires d’Europe sont « soviétisées ». Transposition du modèle soviétique de manière quasi-uniforme.

-         planification centralisée, orientée vers l’industrie

-         collectivisation totale de l’économie

-         le Comecon (1949) : coopération économique basée sur les complémentarités

Plans également irréalistes et évolution de niveaux de vie encore plus défavorables qu’en URSS. Les tentatives de réforme ou d’adaptation seront toujours des échecs.

 

II] Le déclin de l’économie planifiée

Le ralentissement de la croissance est généralisé à partir de la fin des années 70.

  • Les limites de l’économie planifiée

La productivité stagne (elle est inférieure à celle des pays développés) et le niveau de vie est également moins élevé que celui des pays occidentaux.

Seule une minorité de la population a réellement profité du système : la nomenklatura.

Les réformes entreprises ne produisent pas d’effets car la planification reste centralisée.

En 1982, l’URSS est une grande puissance politique mais aussi un pays en retard économiquement. Les limites économiques sont de plusieurs ordres :

-         la gestion bureaucratique et centralisée reste trop rigide : il est inadapté à la complexité de l’économie soviétique. Elle privilégie le quantitatif au qualitatif.

-         l’industrie militaire est la priorité économique : les dépenses militaires concentrent l’essentiel de l’investissement productif.

-         les technologies employées sont inadéquates : adaptées pour le nucléaire ou l’aérospatial, elles sont déficientes pour l’énergie, la mécanique ou l’électronique.

-         la main d’œuvre n’est pas utilisée de manière rationnelle : certains secteurs emploient trop de personnel, la démotivation est très élevée.

-         l’agriculture souffre d’un retard important : la productivité agricole est faible, les techniques sont obsolètes, la logistique est inefficace pour un territoire aussi vaste. L’URSS doit importer de nombreux produits agricoles.

-         l’énergie est mal exploitée : alors que le pays dispose de ressources considérables, les techniques utilisées ne permettent pas de produire suffisamment d’hydrocarbures.

L’instabilité politique de 1982 à 1985 favorise l’immobilisme.

  • Un système non réformable ?

L’URSS est un économie de pénurie au début des années 80 (Kornaï). Les biens agricoles ou de consommation sont rationnés. Les soviétiques épargnent donc une grande partie de leur revenu. Une économie parallèle se développe : travail non déclaré ou corruption.

Le nouveau dirigeant de l’URSS décide donc de réformer l’économie soviétique pour tenter de la sauver. Gorbatchev sera pourtant son dernier leader …

Aspect politique : glasnost = transparence. Aspect économique : perestroïka = restructuration.

Les réformes économiques reposent sur deux principes :

-         décentraliser : la gestion doit revenir aux responsables locaux et non aux bureaucrates

-         augmenter et hiérarchiser les salaires : différencier revenu et statut des travailleurs

-         libéraliser l’économie : retour à une propriété privée (mais non appliquée)

Mais le fonctionnement autonome des entreprises fait apparaître la rentabilité faible de l’économie soviétique. Le chômage se développe. L’URSS autorise les entreprises étrangères à créer des sociétés mixtes, mais cela ne fonctionne pas.

 

Conclusion :

L’URSS semblait réformable économiquement, mais en empruntant les techniques du capitalisme classique. L’Empire soviétique a pris fin pour des raisons politiques : la Pologne et l’Allemagne mettant un terme aux dictatures communistes.

Début d’une nouvelle histoire …

 

Références :

ASSELAIN, Jean-Charles : Histoire économique du XXe siècle, Presses de Sciences Po, 1995

KORNAI, Janos : Socialisme et économie de la pénurie, Economica, 1980
LEWIN, Moshe : La paysannerie et le pouvoir soviétique, Mouton, 1966
NOVE, Alec : Le socialisme sans Marx, Economica, 1983
WERTH, Nicolas : Histoire de l’Union soviétique, Puf, 2008
ZALESKI, Eugène : La planification stalinienne, Economica, 1980

20:15 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Histoire |  Facebook | | |

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