31/01/2012

L'anarchisme et le communisme

Marx est le fondateur d’une approche sociologique (avant l’heure) basée sur la domination.

Il prolonge l’approche de Comte, notamment sa vision historique de la société. Mais L’anarchisme rejette à la fois la conception de la propriété issue du libéralisme et l’organisation politique collective issue du socialisme. C’est autour de la notion de pouvoir que se cristallise l’opposition théorique : les anarchistes ne considèrent pas qu’une organisation politique soit capable d’imposer un ordre social.

L’anarchisme estime au contraire, que seuls des êtres humains autonomes et indépendants seront capables d’instaurer des règles efficaces pour vivre ensemble. Aucun principe ne peut dépasser la liberté humaine : l’anarchisme ne conçoit ni Dieu (morale supérieure incarnée par la religion) ni maître (pouvoir supérieur incarné par l’Etat).

Le marxisme cherche à poser les bases d’un socialisme scientifique : en prenant appui sur l’ensemble des sciences sociales naissantes (philosophie, économie ou sociologie) Marx & Engels cherchent à établir un système théorique décrivant la société dans laquelle ils évoluent. Cela devant permettre de la changer par la politique.

Les conflits socio-politiques du XIXe mettent aux prises les nouvelles classes dirigeantes (élites bourgeoises, industrielles et capitalistes) à la classe ouvrière en plein essor. L’idée que les changements de régime doivent passer par des révolutions, seul moyen de réellement faire évoluer les rapports de force politique, devient un point départ de la philosophie politique communiste ou anarchiste. La violence ou l’insurrection deviennent des moyens d’action légitimes pour faire avancer leurs idées. (1848 ou la Commune de Paris).

Anarchisme et communisme lient de manière intime combat politique (au sens propre) et débat théorique. Au sein de la 1ère Internationale (Association Internationale des Travailleurs) la anarchistes et les communistes militent pour des changements radicaux, surtout par rapport aux propositions découlant du socialisme.

Cependant les oppositions entre les deux courants sont trop nombreuses, tant sur les projets politiques que sur les conceptions de la société. Les marxistes dominent l’Internationale, excluent les anarchistes, fédèrent les socialistes. Pourtant cette démarche n’aura aucun débouché politique réel, et l’union internationale des projets socialistes n’aura jamais lieu.

Q : une société meilleure est-elle possible sans l’Etat ?

 

I] Pierre-Joseph PROUDHON (1802-1865)

Philosophe politique français. Autodidacte et d’origine modeste.

Publie Système des contradictions économiques ou philosophie de la misère en 1846.

  • Critique la propriété privée

Il considère la liberté et l’égalité comme des droits absolus et sacrés. Sans ces droits les individus ne peuvent vivre ensemble.

Dans Qu’est-ce que la propriété ? (1840) il affirme : « La propriété c’est le vol ». La concentration des richesses empêche d’établir la liberté et l’égalité. C’est une conséquence logique de la division du travail. L’opposition entre propriétaires et prolétaires devient inéluctable.

Pourtant, la propriété collective proposée par les socialistes est également critiquable : Proudhon est un penseur libertaire, anarchiste.

Cependant, il ne suggère pas d’abolir la propriété, car elle assure une certaine liberté économique. Proudhon propose de fonder les relations humaines sur le principe du contrat : chaque individu libre pourra négocier son travail. Aucun individu ne pourra donc obtenir plus qu’il ne mérite. Il théorise ainsi le mutualisme (mutuellisme dans son vocabulaire).

  • Accompagner les initiatives ouvrières

Proudhon en conclut qu’il faut développer le crédit aux pauvres pour leur garantir l’indépendance. Il préfère que la classe ouvrière s’organise par elle même.

Il défend une vision prophétique de la politique puisqu’il se méfie des pouvoirs grandissants de l’Etat d’une part, et des inégalités induites par la propriété capitaliste de l’autre.

Cependant, la pensée de Proudhon est marquée par un refus de la révolution. L’Etat n’a pas pour mission d’exproprier les capitalistes : un pouvoir centralisateur ne ferait que chasser l’autre.

Sur le plan politique, il considère qu’une confédération très décentralisée serait le meilleur système permettant de garantir le respect des libertés de chacun.

Proudhon est finalement un auteur ayant une pensée assez incohérente, à la fois critique et optimiste mais sans réel projet politique pour la porter. (Voir ses propres revirements).

On intérêt fondamental est de poser la question de l’harmonie entre justice sociale et liberté individuelle.

 

II] Michel BAKOUNINE (1814-1876)

Philosophe politique russe.

Il prolonge la pensée de Proudhon, mais l’inscrit dans les luttes politiques : les anarchistes cherchant à s’organiser politiquement au sein de la 1ère Internationale.

Bakounine défend ainsi des positions anti-autoritaires radicales : dans Etatisme et anarchie (1873) il montre les trois facteurs ayant peut être joué un rôle important pour l’affirmation de la liberté humaine et qui en sont devenus des obstacles.

-la religion et l’idée de Dieu : il faut refuser la morale

-l’Etat : une autorité centralisée qui décide pour la société

-la propriété : la gestion collective est la meilleure organisation

Le projet de prise du pouvoir étatique par les communistes est également vivement critiqué : la dictature du prolétariat n’est pas concevable. Seule une bureaucratie peut s’emparer de l’Etat, ce qui présente des risques sérieux pour la liberté selon Bakounine.

Pourtant les anarchistes considèrent la violence comme un moyen légitime de faire valoir leurs opinions politiques. La lutte découle du refus de toute autorité et de tout pouvoir qui ne peuvent être qu’oppresseurs.

Cette philosophie politique va finalement servir de fondement à l’anarcho-syndicalisme : organisation ouvrière autonome, indépendante du pouvoir politique dont l’arme de combat est la grève générale. (A comparer à la voie social-démocrate).

 

III] Karl MARX (1818-1883) & Friedrich ENGELS (1820-1895)

Philosophes politiques allemands.

  • Critique du capitalisme

Marx publie Critique de l’économie politique en 1859 et le premier tome du Capital en 1867.

Son approche se fonde sur des principes philosophiques :

-Hegel et le matérialisme

-Feuerbach et l’aliénation

Il utilise le système intellectuel de Ricardo : critique de l’économie par l’économie.

Marx adopte la théorie de la valeur travail. Il mène une réflexion de fond sur la notion de travail, qui semble un peu dépassée aujourd’hui en économie, mais qui garde toute son importance dans le domaine politique.

Marx et Engels mettent en valeur la notion d’exploitation : le capitalisme est un mode de production qui s’approprie la richesse créée par les travailleurs. C’est la plus value : la valeur supplémentaire de la marchandise créée par le travail.

Karl Marx théorise la crise du système capitaliste : l’accumulation du capital (la plus value est réinvestie dans du capital au détriment des travailleurs) va entraîner une baisse tendancielle du taux de profit. L’augmentation du capital se fait au détriment du chômage : une armée industrielle de réserve se crée qui garantit des bas salaires.

Le capitalisme entraîne donc lapaupérisation de la classe ouvrière. Dans le même temps, cela débouche sur des crises de surproduction. Ces crises favoriseront la concentration industrielle : l’élite bourgeoise va s’accaparer le pouvoir économique.

  • Philosophie de l’histoire

Alors que Comte insiste sur le progrès social, Marx considère que la société se fonde sur la lutte des classes.

Pour Marx & Engels la liberté est conditionnée par le niveau de richesse : cela induit une hiérarchisation des conditions de l’action sociale. Il n’y a pas d’autonomie des individus par rapports aux moyens de production contrairement à la vision de Proudhon (1847).

Marx & Engels se basent sur le matérialisme historique et la dialectique :

-l’histoire a un sens : l’exploitation

-la philosophie repose sur des contradictions

Ils s’appuient sur l’histoire pour mettre en valeur l’existence de classes sociales dépendant de la propriété des moyens de production, et leur luttes pour posséder ces moyens.

La lutte des classes permet d’expliquer à la fois les comportements et les croyances :

-les capitalistes cherchent à exploiter les travailleurs et à les maintenir dans une situation de dépendance (prolétaires), alors que la classe ouvrière doit s’émanciper et s’approprier les moyens de produire la richesse

-l’exploitation capitaliste tend à justifier sa domination sur la plan idéologique en s’appuyant sur l’appareil d’état pour imposer ses valeurs et défendre ses intérêts.

Marx a posé des questions essentielles mais a fait l’objet de réinterprétations, de simplifications … le marxisme n’est pas Marx. Reste une approche extrêmement déterministe.

  • Processus révolutionnaire

Favorables dans un premier temps à la violence comme moyen politique de défendre leurs valeurs, Marx & Engels élaborent une véritable théorie de la révolution politique. Celle-ci devra suivre plusieurs étapes :

-dictature du prolétariat : phase transitoire de suppression de l’ordre capitaliste bourgeois par la prise de pouvoir politique (l’Etat)

-organisation économique de type socialiste : transition de la propriété privée à la propriété commune, organisation égalitaire …

-avènement d’une société sans classe : le communisme

 

Conclusion : LENINE (1870-1924) & STALINE (1879-1953)

  • L’Etat parti

La révolution de 1917 permet à Lénine de mettre en œuvre le projet politique de Marx en Russie. C’est cependant un pays non capitaliste, et la dictature du prolétariat ne débouchera que sur une organisation économique et sociale centralisée (voir histoire économique).

  • La dictature totalitaire

Après le décès de Lénine, Staline s’empare du pouvoir en URSS. Il met en place un pouvoir politique bureaucratique extrêmement répressif (la Terreur) justifié par l’opposition extérieure des pays capitalistes.

 

Références :

ANSART, Pierre : Naissance de l’anarchisme, Puf, 1970

GUERIN, Daniel : Ni dieu, ni maître, La Découverte, 1999

GRAWITZ, Madeleine : Bakounine, Plon, 1990

LATOUCHE, Serge: Le projet marxiste, Puf, 1975

LEFEBVRE, Henri : Sociologie de Marx, Puf, 1974

MARX, Karl : Misère de la philosophie, Payot, 1847

MARX, Karl & ENGELS, Friedrich : Manifeste du Parti communiste, Flammarion, 1848

MARX, Karl : Les luttes de classes en France, Gallimard, 1850

MARX, Karl : Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Editions sociales, 1852

MARX, Karl : La guerre civile en France, Editions sociales, 1871

22:17 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |

Le socialisme

  • Pensée du XIXe

Liée aux évolutions sociales : principalement l’apparition d’une classe de travailleurs pauvres.

Marquée par le décalage avec l’analyse économique classique (les classiques n’abordent pas la question de la pauvreté ou de manière négative comme Malthus).

Marque également par le décalage avec l’évolution du capitalisme, l’augmentation inédite de la richesse ne profite pas à l’ensemble des populations des pays qui connaissent des révolutions industrielles.

Les penseurs du socialisme s’opposent ainsi aux libéraux qui insistent sur l’individu.

  • Pensée inspirée par la philosophie

Le socialisme puise certains éléments d’analyse chez Rousseau : la place du peuple ou le rôle des mécanismes démocratiques.

Les théories du socialisme naissant s’appuient également sur More : elles cherchent à construire un monde meilleur pour les populations.

Enfin on retrouve certains apports de la pensée d’Hegel : le sens de l’histoire ou le rôle du droit et de l’Etat dans la construction des rapports sociaux.

  • Le socialisme a une dimension idéaliste

De manière paradoxale, le socialisme ressemble à la pensée religieuse. Cet idéalisme comporte une dimension morale et éthique essentielle : seul le fondement diffère, ce n’est plus Dieu, mais la société (le social) qui fonde la pensée politique.

Le socialisme relève ainsi de l’utopisme. Même s’il faut noter que qualifier le socialisme d’utopique sert le plus souvent à le discréditer : il est irréaliste, voire dangereux. Ainsi, les marxistes opposeront le socialisme utopique au socialisme scientifique.

  • Le socialisme est une critique de l’ordre social existant

On retrouve notamment chez Fourier, une dénonciation de la civilisation issue de la société industrielle. Elle n’aurait que trois fonctions :

-réprimer

-corriger

-modérer

Fourier montre ainsi dans Vers la liberté en amour que le mariage est une institution qui consacre la domination des hommes mais ne satisfait aucune des deux parties.

De plus, le libéralisme est insatisfaisant car il glorifie les mécanismes de la concurrence qui permettent au plus fort, au plus rusé ou au plus menteur de s’imposer. La solidarité n’est pas prise en compte.

  • Les penseurs socialistes cherchent à s’ériger en exemple

Au delà d’une simple construction théorique, le socialisme est indissociable d’un travail de réforme sociale de terrain ayant pour but de diffuser des idées et des pratiques en montrant qu’elles fonctionnent (d’où les remarques sur l’utopisme).

 

Q : comment a évolué la conception du socialisme ?

 

I] SAINT SIMON (1760-1825)

Aristocrate et penseur français : Claude Henry de Rouvray.

Publie notamment le Catéchisme des industriels en 1823.

  • Socialisme et science

Il veut fonder le socialisme sur des bases scientifiques. Il montre que l’apport des scientifiques, des artisans (des industriels) est bien plus utile à la société que celui des classes politiques dirigeantes (clergé et noblesse).

Il oppose l’industrialisme au libéralisme. Il établit un système qui respecte le droit de propriété mais qui se fonde sur l’organisation du travail (en vue d’améliorer la situation de la classe la plus faible).

Saint Simon pense que ce seront des techniciens qui gèreront les industries, car il faut des compétences pour organiser le travail. Ainsi, les conditions d’une société solidaire et pacifiée seront réunies.

Enfin, sa pensée emprunte au vocabulaire chrétien, car il justifie sa pensée sur le plan moral.

  • Critique du pouvoir politique

Le qualificatif de socialisme est postérieur à l’élaboration de sa pensée : Saint Simon faisant un constat historique important, le déclin de la société féodale (inégalitaire et en marge des progrès techniques) laisse place à l’avènement d’une nouvelle société industrielle.

Pourtant celle ci comporte également des défauts : l’exploitation du travail, la concentration des richesses et la domination politique de la classe dirigeante.

Saint Simon n’aura jamais de réel débouché politique : partisan de Napoléon, en qui il voit l’homme politique le plus apte à mettre en œuvre sa vision (ex : création de l’école Polytechnique), sa chute consacrera son incapacité à convaincre les politiques.

  • Ses disciples

L’originalité de sa pensée entraîne la conviction de nombreux penseurs qui participeront à la revue le Producteur. Il aura ainsi Auguste Comte pour secrétaire (mais leurs pensées divergeront rapidement). Les Saints Simoniens sont caractérisés par un certain élitisme.

Les capacités des chefs d’entreprise ou des organisateurs sont essentielles pour améliorer le sort du plus grand nombre.

 

II]Charles FOURIER (1772-1837)

Savant français qui s’intéresse aux questions économiques.

Publie Le nouveau monde industriel en 1827.

  • La contradiction nature / raison

Fourier défend une conception naturaliste de l’homme : les passions humaines sont bonnes.

La société humaine évolue vers l’harmonie, mais le commerce dans le monde est à l’origine de désordres sociaux.

Fourier estime que la société industrielle ne prend pas suffisamment en compte l’instinct ou les passions (comme la religion par exemple).

Dès lors, il considère que deux éléments sont essentiels pour qu’une société soit efficace : le bonheur et la justice. Ainsi ce sont les conditions nécessaires à la liberté. Cette approche est originale quand on la compare à la pensée libérale.

Chez Fourier il n’est pas primordial de penser la politique en termes de pouvoir ou d’autorité. Cette vision se retrouvera dans la pensée anarchiste.

  • L’association coopérative

Fourier propose de fonder la vie sociale sur les Phalanstères : ce sont des institutions qui organisent le travail et la vie sociale pour les individus. Préférence pour le travail agricole.

On parle de socialisme associationniste. Vision utopique.

Plusieurs types de phalanstères sont envisagés pour prendre en compte la diversité des classes sociales ; mais pas de différences au sein d’un phalanstère. La recherche de prospérité pour l’association permet d’éviter les conflits.

Cependant cette utopie n’a pas trouvé de financement durable.

  • Ses disciples

Ses analyses sont à l’origine d’un mouvement de pensée et d’un journal : la Phalange.

Les phalangistes sont favorables à ce qu’on nomme à présent la technocratie, c’est à dire le fait de confier la gestion et l’organisation aux personnes les plus compétentes.

 

III] Robert OWEN (1771-1858)

Réformateur anglais.

Publie Le nouveau monde moral en 1844.

  • L’association communauté

Owen est un entrepreneur : il gère une filature à New Lanark (Ecosse).

Il met en œuvre des principes de gestion novateurs : lutte contre l’ivrognerie, le vol dans l’usine, réduction du temps de travail, jardins d’enfant, cours du soir …

Il prône une vision très morale, voire paternaliste des rapports sociaux. Son souci principal est l’amélioration de la condition ouvrière.

Owen cherche à créer une usine modèle où les travailleurs seraient à la fois efficaces et satisfaits. Cette vision sera renouvelée par la gestion (Taylor).

  • L’association et la coopération

La base de sa réflexion est la coopération : une entreprise ne doit pas être basée sur l’exploitation privée (capitaliste) mais sur la propriété commune de la production.

Owen estime que des communautés agraires seront la base de la vie sociale, et qu’elles regrouperont les activités industrielles.

Comme ses idées ne peuvent s’appliquer en Angleterre, il fonde un village coopératif en Amérique (New Harmony) en 1824. Mais dès son départ, la colonie tourne à l’échec. Ce qui montre à la fois son charisme et les limites de sa conception politique.

  • Ses disciples

Même si ce mouvement connaîtra un certain succès, puisque quelques coopératives modèles voient le jour ; ces idées ne s’imposent pas (ex : remplacer la monnaie par des bons de travail). Il reste aujourd’hui une référence pour l’économie solidaire.

La pensée d’Owen influencera fortement le mouvement ouvrier anglais.

-Le chartisme est un mouvement social et politique qui défend des réformes sociales profondes. Mais dans une logique de confrontation avec les dirigeants capitalistes.

-Le syndicalisme (trade unions) reprend la logique coopérative mise en œuvre par Owen. Les ouvriers se regroupant par métiers. Le syndicalisme sera consacré légalement en 1825 (puis politiquement au cours du siècle).

 

Conclusion :

Le socialisme du XIXe n’a plus grand chose à voir avec le socialisme actuel car le marxisme et l’anarchisme en ont modifié sa conception. Même si les principes sont proches.

22:16 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |

L'utilitarisme et le positivisme

Au XIXe, la société industrielle issue de la révolution économique se met en place et bouleverse la pensée politique : socialisme et nationalisme en seront les deux extrêmes.

Verley (1997) insiste sur les dynamiques de la Révolution industrielle : consommation, capitalisme, organisation du travail et les nouveaux défis qui en découlent (enseignement, rapports juridiques, invention).

Rioux (1971) décrit les mutations sociales qui en découlent : l’urbanisme, le monde ouvrier, la bourgeoisie …

Ainsi le capitalisme industriel s’accompagne de plusieurs changements politiques :

-l’implication des élites dirigeantes dans l’économie et le social

-la dégradation des conditions de vie des travailleurs dans l’industrie

-le triomphe du libéralisme

L’utilitarisme est une doctrine qui considère que le critère de l’activité humaine réside dans l’utilité. C’est le seul élément qui puisse fonder le jugement moral.

Hume (1711-1776) sera le philosophe qui inspirera ce courant en énonçant deux concepts :

-l’empirisme : contre l’abstraction, seule des expériences produisent du sens

-l’association d’idées : l’analyse humaine ne repose pas sur une causalité stricte

Caillé (1989) critique l’extension du domaine de l’utilitarisme à toutes les sciences sociales. Sous couvert de rationalité, le modèle de l’économie cherche à expliquer l’ensemble des comportements humains. Il laisse pourtant de côté une grande partie du social et principalement le don (ex : comportements altruistes ou mimétiques).

Le positivisme considère que les seules vérités recevables sont basées sur la science.

Saint-Simon (1760-1825) propose un système de pensée adapté à l’industrialisation qui porte en germe le positivisme : l’union des individus qui produisent en utilisant la science.

L’utilitarisme et le positivisme émergent en Angleterre et en France, les deux pays où la révolution industrielle démarre. Ce sont des approches politiques s’inspirant des conceptions nouvelles de la science et de la nature (ex : en physique et en biologie).

-philosophies reconnaissant le rôle essentiel du progrès

-prise en compte de l’accroissement des richesses

-renforcement de la prise en compte de la satisfaction humaine (bonheur, confiance)

Q : la pensée politique a t’elle été modifiée en profondeur par la Révolution industrielle ?

 

I] Jeremy BENTHAM (1748-1832)

Auteur dont la pensée s’appuie sur les apports des Lumières et le contexte de changement économique induit par la révolution industrielle.

Juriste de formation, il a consacré sa vie à la philosophie (matériellement grâce à une héritage) et s’est fortement impliqué dans le débat politique.

  • Le calcul subjectif

Dans Introduction aux principes de la morale et de la législation (1789) Bentham expose sa philosophie politique : les individus prennent des décisions en calculant la satisfaction que leur apporte un comportement. La vie sociale découle donc de l’utilité.

Application de cette logique dans le domaine de la morale et du plaisir. Un individu additionne le plaisir et retire l’insatisfaction découlant d’une action.

-la motivation découle de la perspective d’un avantage

-l’inaction découle d’une volonté d’éviter la peine

Pour Bentham, il suffit de faire la somme des bonheurs individuels pour obtenir le bonheur collectif de la société. Une bonne société a donc pour fonctionner de produire des institutions qui facilitent les comportements (et leur mesure).

Le gouvernement doit permettre d’accroîtrele bien être de l’ensemble des individus.

Ex : la maximisation des richesses suppose peu d’inégalités mais doit respecter le principe essentiel du droit de propriété

Ex : redistribution par l’Etat en cas de malheur

  • La justice et l’ordre

Si l’utilité guide les actions, il est nécessaire de sanctionner les comportements qui sont associés à une peine (notamment pour les autres). Le gouvernement doit faire respecter le plaisir et la peine ; et prendre en compte le bien être général pour arbitrer entre les deux.

Dans cette logique, la prison idéale inventée par Bentham (1791) permet de surveiller les délinquants sans être vus par eux. Elle a pour fonction de redresser le comportement humain afin de lui inculquer l’idée du bonheur collectif.

Selon Foucault (1975) la prison panoptique de Bentham est à l’image de la notion moderne de pouvoir qui passe par un contrôle et une police sociale forte (la société de surveillance).

Dans le Traité des peines et des récompenses (1811) Bentham explique que les sanctions pénales vont réconcilier les intérêts particuliers et l’intérêt général.

La justice se fonde sur une appréciation pratique des situations. Elle n’applique pas de lois naturelles ou transcendantales.

Ex : Bentham critique l’aspect universel des déclarations de droit révolutionnaires

Ainsi la pensée de Bentham est exemplaire d’une conception anglo-saxonne des rapports sociaux : une prise en compte des calculs sociaux, une justice pragmatique et une société qui redresse les individus.

 

II] John Stuart MILL (1806-1873)

Sa pensée se forge dans l’optique utilitariste (de par l’éducation paternelle principalement) avant de prendre son autonomie.

  • La liberté

Dans La liberté (1859) Mill précise les conditions qui garantissent une société libérale :

-multiplier les pouvoirs gouvernementaux

-s’assurer de l’efficacité de ces pouvoirs

-séparer le pouvoir législatif du pouvoir de contrôle des décisions

Mill prolonge deux intuitions : celle de Tocqueville sur le risque d’isolement des individus ; et celle de Comte sur la solidarité (v. III).

La liberté nécessite une opposition des points de vue pour faire émerger la décision démocratique : cela permet de dépasser les traditions et les coutumes (religieuses et étatique). Il est primordial pour Mill que les opinions se forgent en connaissance de cause.

Enfin, la liberté obéit à un processus, un mouvement : elle est indissociable du progrès. Elle est une condition de la citoyenneté, car elle permet de délibérer, mais aussi de participer (politiquement, économiquement), d’agir ou de penser selon sa volonté propre.

  • L’organisation sociale

La société industrielle et le libéralisme économique n’apportent pas des richesses à l’ensemble de la population. Pour autant, il n’est pas favorable à une intervention du gouvernement pour modifier l’ordre social car cela nuirait à la liberté individuelle.

Mill défend une conception proche de l’ « égalité des chances » modernes où ce sont les opportunités sociales qui sont primordiales pour que la société fonctionne correctement.

Comme la liberté est la valeur ultime et fondamentale, le bonheur n’est pas simplement une somme de plaisirs, c’est le pouvoir d’organiser soi même sa vie. Dans L’utilitarisme (1863) Mill constate toutefois que le bonheur personnel est lié au bonheur collectif, il distingue :

-l’utile : qui contribue au bonheur général

-l’expédient : qui satisfait une fin personnelle

Dans Considérations sur le gouvernement représentatif (1861) il propose un modèle politique idéal qui permette à la fois à la liberté, l’élitisme et la démocratie de fonctionner. Le point clé c’est la participation politique : poursuivant son raisonnement sur les opinions, il défend une démocratie incluant le plus possible de citoyens. Mill y voit plusieurs avantages :

-lutter contre la concentration du pouvoir

-impliquer les citoyens (et prendre conscience de l’intérêt général)

-renforcer les libertés

 

III] Auguste COMTE (1798-1857)

Polytechnicien, secrétaire de Saint-Simon, il défendra une vision politique et sociale tellement ambitieuse qu’il aura de grandes difficultés à mener sa carrière. La complexité de sa pensée ont rendu son analyse difficile et son enseignement hermétique. Certains concepts sont pourtant utiles pour comprendre la fécondité du positivisme. Ils se retrouvent dans ses deux grandes œuvres : Cours de philosophie positive (1830-1842) et Système de politique positive (1851-1854)

  • La transformation sociale

Comte cherche à décrire l’évolution de la société de manière scientifique. Par analogie avec la science physique, il identifie trois états :

-l’état théologique : l’homme explique tout par l’existence d’une volonté supérieure

-l’état métaphysique : l’homme propose des explications abstraites

-l’état positif : l’homme dispose d’explication reposant sur la rationalité scientifique qui lui permettent d’établir des causalités, des lois générales. (Dépasse l’empirisme).

Dès lors, la connaissance scientifique est hiérarchisée : la science qui permettrait de comprendre les faits humains étant la plus importante (la sociologie).

Comte propose ainsi une philosophie de l’histoire qui décrit le changement social et permettrait de pacifier la société : la science positive propose les meilleures réformes.

C’est donc une pensée politique qui laisse peu de place à l’individu. Comte prend ses distances avec la pensée révolutionnaire (qui a instauré des changements brutaux), la pensée contre-révolutionnaire (qui ignore les transformations) ou la pensée libérale (qui ignore l’unité de la société).

  • Le pouvoir

Comte considère que les citoyens doivent accepter une certaine hiérarchie sociale :

-les savants élaborent la connaissance

-les publicistes diffusent le savoir

-les gouvernements exécutent en connaissance de cause

-la masse obéit et tire profit du savoir

Le pouvoir doit donc appartenir aux savants. Ceux qui possèdent la science de la physique sociale sont capables de garantir le bonheur, l’ordre et le progrès de la société.

Comte fondera une véritable religion positiviste avec ses disciples et cherchera à convaincre les différents régimes qui se succèdent en France au XIXe sans convaincre.

 

Conclusion :

On retrouve une distinction entre la pensée anglo-saxonne et la pensée française qui a émergé dès la Réforme où l’avènement du libéralisme.

La fécondité des autres grands courants de pensée du XIXe va en découler.

Ex : justice sociale, communisme …

 

Références:

BENTHAM, Jeremy : Le panoptique, Belfond, 1791

CAILLE, Alain : Critique de la raison utilitaire, La Découverte, 1989

FOUCAULT, Michel : Surveiller et punir, Gallimard, 1975

RIOUX, Jean-Pierre : La révolution industrielle, Seuil, 1971

VERLEY, Patrick : La révolution industrielle, Gallimard, 1997

22:15 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |