31/01/2012

Le socialisme

  • Pensée du XIXe

Liée aux évolutions sociales : principalement l’apparition d’une classe de travailleurs pauvres.

Marquée par le décalage avec l’analyse économique classique (les classiques n’abordent pas la question de la pauvreté ou de manière négative comme Malthus).

Marque également par le décalage avec l’évolution du capitalisme, l’augmentation inédite de la richesse ne profite pas à l’ensemble des populations des pays qui connaissent des révolutions industrielles.

Les penseurs du socialisme s’opposent ainsi aux libéraux qui insistent sur l’individu.

  • Pensée inspirée par la philosophie

Le socialisme puise certains éléments d’analyse chez Rousseau : la place du peuple ou le rôle des mécanismes démocratiques.

Les théories du socialisme naissant s’appuient également sur More : elles cherchent à construire un monde meilleur pour les populations.

Enfin on retrouve certains apports de la pensée d’Hegel : le sens de l’histoire ou le rôle du droit et de l’Etat dans la construction des rapports sociaux.

  • Le socialisme a une dimension idéaliste

De manière paradoxale, le socialisme ressemble à la pensée religieuse. Cet idéalisme comporte une dimension morale et éthique essentielle : seul le fondement diffère, ce n’est plus Dieu, mais la société (le social) qui fonde la pensée politique.

Le socialisme relève ainsi de l’utopisme. Même s’il faut noter que qualifier le socialisme d’utopique sert le plus souvent à le discréditer : il est irréaliste, voire dangereux. Ainsi, les marxistes opposeront le socialisme utopique au socialisme scientifique.

  • Le socialisme est une critique de l’ordre social existant

On retrouve notamment chez Fourier, une dénonciation de la civilisation issue de la société industrielle. Elle n’aurait que trois fonctions :

-réprimer

-corriger

-modérer

Fourier montre ainsi dans Vers la liberté en amour que le mariage est une institution qui consacre la domination des hommes mais ne satisfait aucune des deux parties.

De plus, le libéralisme est insatisfaisant car il glorifie les mécanismes de la concurrence qui permettent au plus fort, au plus rusé ou au plus menteur de s’imposer. La solidarité n’est pas prise en compte.

  • Les penseurs socialistes cherchent à s’ériger en exemple

Au delà d’une simple construction théorique, le socialisme est indissociable d’un travail de réforme sociale de terrain ayant pour but de diffuser des idées et des pratiques en montrant qu’elles fonctionnent (d’où les remarques sur l’utopisme).

 

Q : comment a évolué la conception du socialisme ?

 

I] SAINT SIMON (1760-1825)

Aristocrate et penseur français : Claude Henry de Rouvray.

Publie notamment le Catéchisme des industriels en 1823.

  • Socialisme et science

Il veut fonder le socialisme sur des bases scientifiques. Il montre que l’apport des scientifiques, des artisans (des industriels) est bien plus utile à la société que celui des classes politiques dirigeantes (clergé et noblesse).

Il oppose l’industrialisme au libéralisme. Il établit un système qui respecte le droit de propriété mais qui se fonde sur l’organisation du travail (en vue d’améliorer la situation de la classe la plus faible).

Saint Simon pense que ce seront des techniciens qui gèreront les industries, car il faut des compétences pour organiser le travail. Ainsi, les conditions d’une société solidaire et pacifiée seront réunies.

Enfin, sa pensée emprunte au vocabulaire chrétien, car il justifie sa pensée sur le plan moral.

  • Critique du pouvoir politique

Le qualificatif de socialisme est postérieur à l’élaboration de sa pensée : Saint Simon faisant un constat historique important, le déclin de la société féodale (inégalitaire et en marge des progrès techniques) laisse place à l’avènement d’une nouvelle société industrielle.

Pourtant celle ci comporte également des défauts : l’exploitation du travail, la concentration des richesses et la domination politique de la classe dirigeante.

Saint Simon n’aura jamais de réel débouché politique : partisan de Napoléon, en qui il voit l’homme politique le plus apte à mettre en œuvre sa vision (ex : création de l’école Polytechnique), sa chute consacrera son incapacité à convaincre les politiques.

  • Ses disciples

L’originalité de sa pensée entraîne la conviction de nombreux penseurs qui participeront à la revue le Producteur. Il aura ainsi Auguste Comte pour secrétaire (mais leurs pensées divergeront rapidement). Les Saints Simoniens sont caractérisés par un certain élitisme.

Les capacités des chefs d’entreprise ou des organisateurs sont essentielles pour améliorer le sort du plus grand nombre.

 

II]Charles FOURIER (1772-1837)

Savant français qui s’intéresse aux questions économiques.

Publie Le nouveau monde industriel en 1827.

  • La contradiction nature / raison

Fourier défend une conception naturaliste de l’homme : les passions humaines sont bonnes.

La société humaine évolue vers l’harmonie, mais le commerce dans le monde est à l’origine de désordres sociaux.

Fourier estime que la société industrielle ne prend pas suffisamment en compte l’instinct ou les passions (comme la religion par exemple).

Dès lors, il considère que deux éléments sont essentiels pour qu’une société soit efficace : le bonheur et la justice. Ainsi ce sont les conditions nécessaires à la liberté. Cette approche est originale quand on la compare à la pensée libérale.

Chez Fourier il n’est pas primordial de penser la politique en termes de pouvoir ou d’autorité. Cette vision se retrouvera dans la pensée anarchiste.

  • L’association coopérative

Fourier propose de fonder la vie sociale sur les Phalanstères : ce sont des institutions qui organisent le travail et la vie sociale pour les individus. Préférence pour le travail agricole.

On parle de socialisme associationniste. Vision utopique.

Plusieurs types de phalanstères sont envisagés pour prendre en compte la diversité des classes sociales ; mais pas de différences au sein d’un phalanstère. La recherche de prospérité pour l’association permet d’éviter les conflits.

Cependant cette utopie n’a pas trouvé de financement durable.

  • Ses disciples

Ses analyses sont à l’origine d’un mouvement de pensée et d’un journal : la Phalange.

Les phalangistes sont favorables à ce qu’on nomme à présent la technocratie, c’est à dire le fait de confier la gestion et l’organisation aux personnes les plus compétentes.

 

III] Robert OWEN (1771-1858)

Réformateur anglais.

Publie Le nouveau monde moral en 1844.

  • L’association communauté

Owen est un entrepreneur : il gère une filature à New Lanark (Ecosse).

Il met en œuvre des principes de gestion novateurs : lutte contre l’ivrognerie, le vol dans l’usine, réduction du temps de travail, jardins d’enfant, cours du soir …

Il prône une vision très morale, voire paternaliste des rapports sociaux. Son souci principal est l’amélioration de la condition ouvrière.

Owen cherche à créer une usine modèle où les travailleurs seraient à la fois efficaces et satisfaits. Cette vision sera renouvelée par la gestion (Taylor).

  • L’association et la coopération

La base de sa réflexion est la coopération : une entreprise ne doit pas être basée sur l’exploitation privée (capitaliste) mais sur la propriété commune de la production.

Owen estime que des communautés agraires seront la base de la vie sociale, et qu’elles regrouperont les activités industrielles.

Comme ses idées ne peuvent s’appliquer en Angleterre, il fonde un village coopératif en Amérique (New Harmony) en 1824. Mais dès son départ, la colonie tourne à l’échec. Ce qui montre à la fois son charisme et les limites de sa conception politique.

  • Ses disciples

Même si ce mouvement connaîtra un certain succès, puisque quelques coopératives modèles voient le jour ; ces idées ne s’imposent pas (ex : remplacer la monnaie par des bons de travail). Il reste aujourd’hui une référence pour l’économie solidaire.

La pensée d’Owen influencera fortement le mouvement ouvrier anglais.

-Le chartisme est un mouvement social et politique qui défend des réformes sociales profondes. Mais dans une logique de confrontation avec les dirigeants capitalistes.

-Le syndicalisme (trade unions) reprend la logique coopérative mise en œuvre par Owen. Les ouvriers se regroupant par métiers. Le syndicalisme sera consacré légalement en 1825 (puis politiquement au cours du siècle).

 

Conclusion :

Le socialisme du XIXe n’a plus grand chose à voir avec le socialisme actuel car le marxisme et l’anarchisme en ont modifié sa conception. Même si les principes sont proches.

22:16 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |

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