31/01/2012

L'anarchisme et le communisme

Marx est le fondateur d’une approche sociologique (avant l’heure) basée sur la domination.

Il prolonge l’approche de Comte, notamment sa vision historique de la société. Mais L’anarchisme rejette à la fois la conception de la propriété issue du libéralisme et l’organisation politique collective issue du socialisme. C’est autour de la notion de pouvoir que se cristallise l’opposition théorique : les anarchistes ne considèrent pas qu’une organisation politique soit capable d’imposer un ordre social.

L’anarchisme estime au contraire, que seuls des êtres humains autonomes et indépendants seront capables d’instaurer des règles efficaces pour vivre ensemble. Aucun principe ne peut dépasser la liberté humaine : l’anarchisme ne conçoit ni Dieu (morale supérieure incarnée par la religion) ni maître (pouvoir supérieur incarné par l’Etat).

Le marxisme cherche à poser les bases d’un socialisme scientifique : en prenant appui sur l’ensemble des sciences sociales naissantes (philosophie, économie ou sociologie) Marx & Engels cherchent à établir un système théorique décrivant la société dans laquelle ils évoluent. Cela devant permettre de la changer par la politique.

Les conflits socio-politiques du XIXe mettent aux prises les nouvelles classes dirigeantes (élites bourgeoises, industrielles et capitalistes) à la classe ouvrière en plein essor. L’idée que les changements de régime doivent passer par des révolutions, seul moyen de réellement faire évoluer les rapports de force politique, devient un point départ de la philosophie politique communiste ou anarchiste. La violence ou l’insurrection deviennent des moyens d’action légitimes pour faire avancer leurs idées. (1848 ou la Commune de Paris).

Anarchisme et communisme lient de manière intime combat politique (au sens propre) et débat théorique. Au sein de la 1ère Internationale (Association Internationale des Travailleurs) la anarchistes et les communistes militent pour des changements radicaux, surtout par rapport aux propositions découlant du socialisme.

Cependant les oppositions entre les deux courants sont trop nombreuses, tant sur les projets politiques que sur les conceptions de la société. Les marxistes dominent l’Internationale, excluent les anarchistes, fédèrent les socialistes. Pourtant cette démarche n’aura aucun débouché politique réel, et l’union internationale des projets socialistes n’aura jamais lieu.

Q : une société meilleure est-elle possible sans l’Etat ?

 

I] Pierre-Joseph PROUDHON (1802-1865)

Philosophe politique français. Autodidacte et d’origine modeste.

Publie Système des contradictions économiques ou philosophie de la misère en 1846.

  • Critique la propriété privée

Il considère la liberté et l’égalité comme des droits absolus et sacrés. Sans ces droits les individus ne peuvent vivre ensemble.

Dans Qu’est-ce que la propriété ? (1840) il affirme : « La propriété c’est le vol ». La concentration des richesses empêche d’établir la liberté et l’égalité. C’est une conséquence logique de la division du travail. L’opposition entre propriétaires et prolétaires devient inéluctable.

Pourtant, la propriété collective proposée par les socialistes est également critiquable : Proudhon est un penseur libertaire, anarchiste.

Cependant, il ne suggère pas d’abolir la propriété, car elle assure une certaine liberté économique. Proudhon propose de fonder les relations humaines sur le principe du contrat : chaque individu libre pourra négocier son travail. Aucun individu ne pourra donc obtenir plus qu’il ne mérite. Il théorise ainsi le mutualisme (mutuellisme dans son vocabulaire).

  • Accompagner les initiatives ouvrières

Proudhon en conclut qu’il faut développer le crédit aux pauvres pour leur garantir l’indépendance. Il préfère que la classe ouvrière s’organise par elle même.

Il défend une vision prophétique de la politique puisqu’il se méfie des pouvoirs grandissants de l’Etat d’une part, et des inégalités induites par la propriété capitaliste de l’autre.

Cependant, la pensée de Proudhon est marquée par un refus de la révolution. L’Etat n’a pas pour mission d’exproprier les capitalistes : un pouvoir centralisateur ne ferait que chasser l’autre.

Sur le plan politique, il considère qu’une confédération très décentralisée serait le meilleur système permettant de garantir le respect des libertés de chacun.

Proudhon est finalement un auteur ayant une pensée assez incohérente, à la fois critique et optimiste mais sans réel projet politique pour la porter. (Voir ses propres revirements).

On intérêt fondamental est de poser la question de l’harmonie entre justice sociale et liberté individuelle.

 

II] Michel BAKOUNINE (1814-1876)

Philosophe politique russe.

Il prolonge la pensée de Proudhon, mais l’inscrit dans les luttes politiques : les anarchistes cherchant à s’organiser politiquement au sein de la 1ère Internationale.

Bakounine défend ainsi des positions anti-autoritaires radicales : dans Etatisme et anarchie (1873) il montre les trois facteurs ayant peut être joué un rôle important pour l’affirmation de la liberté humaine et qui en sont devenus des obstacles.

-la religion et l’idée de Dieu : il faut refuser la morale

-l’Etat : une autorité centralisée qui décide pour la société

-la propriété : la gestion collective est la meilleure organisation

Le projet de prise du pouvoir étatique par les communistes est également vivement critiqué : la dictature du prolétariat n’est pas concevable. Seule une bureaucratie peut s’emparer de l’Etat, ce qui présente des risques sérieux pour la liberté selon Bakounine.

Pourtant les anarchistes considèrent la violence comme un moyen légitime de faire valoir leurs opinions politiques. La lutte découle du refus de toute autorité et de tout pouvoir qui ne peuvent être qu’oppresseurs.

Cette philosophie politique va finalement servir de fondement à l’anarcho-syndicalisme : organisation ouvrière autonome, indépendante du pouvoir politique dont l’arme de combat est la grève générale. (A comparer à la voie social-démocrate).

 

III] Karl MARX (1818-1883) & Friedrich ENGELS (1820-1895)

Philosophes politiques allemands.

  • Critique du capitalisme

Marx publie Critique de l’économie politique en 1859 et le premier tome du Capital en 1867.

Son approche se fonde sur des principes philosophiques :

-Hegel et le matérialisme

-Feuerbach et l’aliénation

Il utilise le système intellectuel de Ricardo : critique de l’économie par l’économie.

Marx adopte la théorie de la valeur travail. Il mène une réflexion de fond sur la notion de travail, qui semble un peu dépassée aujourd’hui en économie, mais qui garde toute son importance dans le domaine politique.

Marx et Engels mettent en valeur la notion d’exploitation : le capitalisme est un mode de production qui s’approprie la richesse créée par les travailleurs. C’est la plus value : la valeur supplémentaire de la marchandise créée par le travail.

Karl Marx théorise la crise du système capitaliste : l’accumulation du capital (la plus value est réinvestie dans du capital au détriment des travailleurs) va entraîner une baisse tendancielle du taux de profit. L’augmentation du capital se fait au détriment du chômage : une armée industrielle de réserve se crée qui garantit des bas salaires.

Le capitalisme entraîne donc lapaupérisation de la classe ouvrière. Dans le même temps, cela débouche sur des crises de surproduction. Ces crises favoriseront la concentration industrielle : l’élite bourgeoise va s’accaparer le pouvoir économique.

  • Philosophie de l’histoire

Alors que Comte insiste sur le progrès social, Marx considère que la société se fonde sur la lutte des classes.

Pour Marx & Engels la liberté est conditionnée par le niveau de richesse : cela induit une hiérarchisation des conditions de l’action sociale. Il n’y a pas d’autonomie des individus par rapports aux moyens de production contrairement à la vision de Proudhon (1847).

Marx & Engels se basent sur le matérialisme historique et la dialectique :

-l’histoire a un sens : l’exploitation

-la philosophie repose sur des contradictions

Ils s’appuient sur l’histoire pour mettre en valeur l’existence de classes sociales dépendant de la propriété des moyens de production, et leur luttes pour posséder ces moyens.

La lutte des classes permet d’expliquer à la fois les comportements et les croyances :

-les capitalistes cherchent à exploiter les travailleurs et à les maintenir dans une situation de dépendance (prolétaires), alors que la classe ouvrière doit s’émanciper et s’approprier les moyens de produire la richesse

-l’exploitation capitaliste tend à justifier sa domination sur la plan idéologique en s’appuyant sur l’appareil d’état pour imposer ses valeurs et défendre ses intérêts.

Marx a posé des questions essentielles mais a fait l’objet de réinterprétations, de simplifications … le marxisme n’est pas Marx. Reste une approche extrêmement déterministe.

  • Processus révolutionnaire

Favorables dans un premier temps à la violence comme moyen politique de défendre leurs valeurs, Marx & Engels élaborent une véritable théorie de la révolution politique. Celle-ci devra suivre plusieurs étapes :

-dictature du prolétariat : phase transitoire de suppression de l’ordre capitaliste bourgeois par la prise de pouvoir politique (l’Etat)

-organisation économique de type socialiste : transition de la propriété privée à la propriété commune, organisation égalitaire …

-avènement d’une société sans classe : le communisme

 

Conclusion : LENINE (1870-1924) & STALINE (1879-1953)

  • L’Etat parti

La révolution de 1917 permet à Lénine de mettre en œuvre le projet politique de Marx en Russie. C’est cependant un pays non capitaliste, et la dictature du prolétariat ne débouchera que sur une organisation économique et sociale centralisée (voir histoire économique).

  • La dictature totalitaire

Après le décès de Lénine, Staline s’empare du pouvoir en URSS. Il met en place un pouvoir politique bureaucratique extrêmement répressif (la Terreur) justifié par l’opposition extérieure des pays capitalistes.

 

Références :

ANSART, Pierre : Naissance de l’anarchisme, Puf, 1970

GUERIN, Daniel : Ni dieu, ni maître, La Découverte, 1999

GRAWITZ, Madeleine : Bakounine, Plon, 1990

LATOUCHE, Serge: Le projet marxiste, Puf, 1975

LEFEBVRE, Henri : Sociologie de Marx, Puf, 1974

MARX, Karl : Misère de la philosophie, Payot, 1847

MARX, Karl & ENGELS, Friedrich : Manifeste du Parti communiste, Flammarion, 1848

MARX, Karl : Les luttes de classes en France, Gallimard, 1850

MARX, Karl : Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Editions sociales, 1852

MARX, Karl : La guerre civile en France, Editions sociales, 1871

22:17 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |

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