27/01/2012

Le libéralisme politique

Mouvement caractéristique du XIXe siècle : dépassement des révolutions et des Lumières.

Le libéralisme est un prolongement de la Révolution française : celle ci ayant mis un terme à l’absolutisme. Au cours de ce moment clé de l’histoire politique, se trouvent confrontés la souveraineté populaire et la souveraineté nationale. Ex : suffrage ou statut des élus.

Le libéralisme est l’ensemble des théories visant à garantir les libertés individuelles.

Au cours du XIXe on constate plusieurs phénomènes :

  • Les idées libérales ne sont pas nécessairement associées à la démocratie

Le parlementarisme, le constitutionnalisme ou la séparation des pouvoirs sont des idées qui s’imposent dans le débat politique ; mais les pays européens restent principalement élitistes (ex : élites industrielles en Angleterre, élites bourgeoises en France).

Par ailleurs, certains Etats restent très autoritaires : Prusse, Autriche, Russie.

  • Les inégalités politiques demeurent

Comme le montre l’étude historique de Rosanvallon, le suffrage et son extension sont le fruit d’une construction théorique lente, progressive et de rapports de force politiques.

Le suffrage censitaire reste la norme. Les USA mettent en place la ségrégation raciale …

L’accès aux responsabilités politiques est également restreint.

  • L’idéologie libérale facilite pourtant l’essor de la démocratie

Les principes politiques défendus par les libéraux s’opposent à la tradition défendue jusqu’à présent. Dès lors, la défense des libertés va favoriser un accroissement de l’égalité : quand bien même il existe des différences entre individus (notamment de richesses) le libéralisme prône des droits identiques.

  • Le libéralisme est soumis à une double pression

D’une part, le libéralisme cherche à concevoir la relation de l’individu et de l’Etat : il ne faut pas qu’une autorité centrale supérieure impose sa volonté sans tenir compte des citoyens.

Ex : l’autoritarisme bonapartiste

D’autre part, le libéralisme considère que l’individu peut également être noyé par la masse : la tyrannie de la majorité, du plus grand nombre ne doit pas nuire à la personne.

Ex : la terreur révolutionnaire

Q : peut on concevoir la politique sans prendre en compte la liberté ?

 

I] Benjamin Constant (1767-1830)

Ecrivain et homme politique aux engagements fluctuants, il a pourtant toujours défendu les mêmes principes : le libéralisme est la clé de voûte de l’organisation sociale.

Sa pensée s’articule autour de trois concepts :

  • L’opposition entre la liberté des Anciens et des Modernes

Dans De la liberté des anciens comparée à celle des modernes (1819) il met en valeur un changement de fond dans la conception du libéralisme :

Dans le monde Antique, la vie individuelle et la vie sociale ne sont pas distinctes. Les individus ne sont ni autonomes, ni indépendants. La liberté n’est que la participation à la vie de la Cité.

Chez les modernes, l’existence de l’individu passe avant la vie en société. Il est nécessaire de se protéger contre les intrusions et principalement celles de l’Etat.

Constant considère que la liberté est indissociable de cette sphère privée. On peut dénombrer quatre libertés fondamentales :

-la liberté d’action : l’individu est autonome

-la liberté religieuse : les croyances relève de la sphère privée

-la liberté d’expression : une personne peut librement faire valoir ses idées

-la sécurité : pour être libre et indépendant, il faut être protégé

Il rajoutera la liberté industrielle : le droit d’exercer une activité économique.

  • L’Etat minimal / le gouvernement constitutionnel

Constant reprend le principe de séparation des pouvoirs énoncé par Montesquieu : le gouvernement doit être limité par le pouvoir de la loi. Mais il le prolonge, tirant les conséquences de sa définition de la liberté, en défendant une sphère individuelle dans laquelle aucun pouvoir ne peut intervenir.

Pour Constant, il est nécessaire d’avoir un domaine privé au sein duquel ni l’Etat, ni les autres ne peuvent interférer. La souveraineté populaire peut entrer en contradiction avec la liberté individuelle : elle doit donc également être limitée. Le peuple peut se comporter comme un despote si son pouvoir empiète sur la sphère privée.

  • Un système politique libéral

L’organisation politique doit garantir les droits des individus. Selon Constant c’est le rôle de la constitution de limiter les pouvoirs pouvant nuire aux libertés individuelles. Le pouvoir judiciaire aurait pour mission d’arbitrer les conflits entre l’exécutif et le législatif.

Constant défend le système représentatif : on sélectionne des personnes pour mener la politique. Le suffrage doit donc être limité à certains individus plus capables de gérer efficacement la société, en respectant la sphère privée. Seuls les individus qui disposent de temps de loisir peuvent posséder les connaissances nécessaires : pour avoir du loisir, il faut être propriétaire.

 

II] Alexis de Tocqueville (1805-1859)

Grand penseur et homme politique, Tocqueville s’appuie sur les évènements historiques pour développer une approche autant sociologique que philosophique de la politique. Il rédigera deux grands ouvrages : De la démocratie en Amérique (1835 & 1840) et L’Ancien Régime et la Révolution (1856). Le libéralisme défendu par Tocqueville s’articule autour de trois points :

  • L’égalité des conditions

La démocratie ne découle pas d’un rapport de force politique, c’est un processus de fond qui découle d’une demande sociale. Ainsi les sociétés passent d’une organisation traditionnelle et fortement hiérarchisées à une société démocratique où les individus se considèrent comme des égaux. Dans ce cadre les classes dirigeantes ne sont plus strictement séparées du reste de la population, il est possible à l’ensemble des individus d’accéder à la richesse et au pouvoir.

C’est l’égalité des conditions. Les différences sociales existent, mais on peut les dépasser. Ainsi s’il existe une hiérarchie sociale ou économique, elle est librement consentie. Les individus sont libres de s’obliger ou non.

Pour Tocqueville, le développement de l’égalité va rendre de moins en moins tolérable les inégalités : les individus vont donc exiger d’avantage de démocratie.

  • Démocratie et libéralisme

Tocqueville met en valeur les risques d’une tyrannie de la majorité : le processus démocratique ne garantit pas la protection des libertés. En s’appuyant sur des comparaisons historiques il montre les excès réguliers des démocraties, des Cités grecques aux Révolutions.

Pour lui, ce despotisme ne vient pas d’une dérive autoritaire, il découle d’un manque d’intérêt des citoyens pour les affaires publiques : l’individualisme qui découle du progrès démocratique isole les personnes. L’égalité permet de se concentrer sur ses besoins propres. Cela peut être positif, car les individu ont besoin de liberté pour s’épanouir ; mais ce repli a également pour conséquence une distanciation des questions politiques.

Dans ce contexte, l’Etat peut ne pas avoir de contrepoids, de contre pouvoir : il est possible d’imposer des idées à une partie de la population sans que celle-ci ne puisse s’y opposer.

Ainsi l’Etat peut s’emparer du pouvoir sans violence. Ex : paternalisme, centralisation

  • Dépasser l’individualisme

Selon Tocqueville, les sociétés qui veulent conserver une inégalité juridique sont condamnées : les aristocraties qui n’ont pas su faire évoluer leurs privilèges ne font que renforcer l’individualisme des personnes écartées du pouvoir ou de la richesse. Ainsi, l’Ancien Régime est responsable de la Révolution par son refus de reconnaître le besoin d’égalité et par une prédilection pour un pouvoir centralisé (que les révolutionnaires ne remettront pas en cause). Tocqueville regrette que l’évolution économique rende inéluctable un accroissement de l’intervention de l’Etat pour pallier l’individualisme.

Il faut donc garantir la liberté en limitant les pouvoirs du gouvernement : séparation des pouvoirs, décentralisation, liberté d’expression …

Pour Tocqueville, la démocratie américaine ne cède pas à l’individualisme du fait de deux phénomènes :

-l’importance du sentiment religieux qui favorise le lien social et une approche morale de la société

-le rôle joué par les associations volontaires de citoyens qui favorisent la mobilisation et la solidarité

Aron (1967) considère toutefois que Tocqueville est un auteur difficile à interpréter : la plupart de sa réflexion pose la problème de la généralisation de ses analyses comparatives.

 

Conclusion:

Le libéralisme se retrouve aujourd’hui dans le monde politique moderne (ex: small government aux Etats Unis) dans la même perspective qu’au XIXe.

C’est plus son intrusion dans d’autres domaines des sciences sociales qui pose problème : en économie, en sociologie …

 

Références :

ARON, Raymond : Les étapes de la pensée sociologique, Gallimard, 1967

BOUDON, Raymond : Tocqueville aujourd’hui, Odile Jacob, 2005

MANENT, Pierre : Les libéraux, Hachette, 1986

ROSANVALLON, Pierre : Le sacre du citoyen, Gallimard, 1992

ROSANVALLON, Pierre : Le peuple introuvable, Gallimard, 1998

ROSANVALLON, Pierre : La démocratie inachevée, Gallimard, 2000

22:28 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |

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