25/01/2012

La pensée politique classique

Concerne la période de l’Antiquité gréco-romaine.

Débute approximativement 800 ans avant JC avec les premières cités grecques ; puis prend fin avec l’empire romain d’Occident environ 500 après JC.

Idée de base : les principes énoncés dans l’Antiquité restent d’une grande modernité (effrayante modernité parfois comme sur le statut de citoyen) ; sans pour autant pouvoir être transposés dans le monde actuel (quoique …).

C’est en Grèce antique que la notion de « raison politique » est conceptualisée et mise en œuvre : la naissance des cités (qui sont des regroupements de communautés) va rendre nécessaire une organisation sociale. Ex : aristocratique, militaire, démocratique. Les cités sont indépendantes et souvent en conflit entre elles.

De plus, la pensée en Grèce antique est marquée par le développement de la raison, consacrée par le passage de la mythologie à la philosophie. La réflexion politique prend son autonomie par rapport à la religion. Les discussions, les débats qui caractérisent les sociétés grecques antiques permettent favorisent l’accumulation de savoirs. Ex : le système numérique.

Pourtant, dès son origine, la pensée politique prend en compte ses aspects les plus sombres : la métis est l’intelligence politique basée sur la ruse et se montre également efficace. De même, la pensée grecque ne correspond pas à la rationalité moderne (technicienne et scientifique) c’est une dynamique interrelationnelle avant toute chose (Vernant). Enfin, la mythologie et les croyances ne sont pas remplacées par la philosophie, elles continuent de cohabiter et de servir un but rhétorique, de conviction (Veyne).

La loi va également s’imposer dans les cités grecques : pour éviter les décisions arbitraires et au nom du principe de justice, les Grecs vont consentir à se fixer des normes obligatoires et contraignantes. Le règlement des litiges sort de la sphère privée, les juridictions font leur apparition. Dès lors, on peut se poser la question de la bonne loi, celle qui permet un gouvernement efficace des affaires de la cité.

Les cités vont forger, parallèlement, la notion de citoyenneté pour donner un sens à leurs communautés : les nombreux régimes politiques existants au cours de la période cherchent à donner une qualification politique aux habitants des cités afin de déterminer leur participation aux affaires publiques. Le citoyen est titulaire de droits et de devoirs envers sa communauté.

Ex : le citoyen-soldat à Sparte

Enfin, la démocratie est inventée à Athènes. Réponse apportée au déclin du gouvernement aristocratique et fruit des mutations intellectuelles évoquées jusqu’ici. On peut l’assimiler à un idéal puisqu’elle sera modifiée (voire supprimée) à de nombreuses reprises.

Ex : assemblées représentatives, tyrannies, égalité entre citoyens, respect de la loi …

 

Q : la pensée classique peut-elle servir à la politique moderne ?

 

I] Hérodote & Thucydide

Hérodote (entre 480 et 425 av. JC) est considéré comme l’inventeur de l’histoire car il cherche dans Histoire à mener une enquête sur les évènements de son temps, et en particulier les guerres médiques (cités grecques contre Empire perse). Ce n’est pas qu’un récit, Hérodote cherche à ordonner les causes du conflit, à vérifier la solidité de ses sources …

 

Il va proposer une classification des régimes politiques qui permet d’opposer les organisations politiques (et ainsi de comparer leur efficacité) :

  • La monarchie : un seul commande
  • L’oligarchie : une minorité dirige
  • La démocratie : la majorité du peuple décide

Cet ouvrage traduit bien l’avancée de l’idéal démocratique en Grèce antique : la monarchie et l’oligarchie posent plus de problèmes que l’égalité devant la loi (isonomie).

Mais le déclin de la puissance athénienne va entraîner un reflux de la démocratie.

 

Thucydide (entre 460 et 400 av. JC) décrit dans Histoire de la guerre du Péloponnèse les conflits entre les grandes cités grecques (essentiellement Sparte contre Athènes). Ce n’est ni un ouvrage de philosophie politique proprement dit, ni une étude historique ; c’est le récit d’un spectateur engagé.

L’intérêt d’un tel témoignage est dans cet engagement : Thucydide défend le régime politique qu’il considère être le meilleur et pour lequel il a combattu. C’est la démocratie au temps de Périclès (càd dominée par un leader charismatique) qui avait permis de gérer de manière efficace à la fois les affaires intérieures et extérieures (les guerres). La démocratie doit permettre au peuple de choisir les meilleurs dirigeants qui ne se contentent pas du calcul ou de la prudence.

 

II] Platon

Platon (427-346 av. JC) va utiliser la philosophie pour proposer un modèle politique idéal.

Il cherche à dépasser l’approche des sophistes qui considèrent que la politique n’est que le résultat de la rhétorique (arriver à convaincre les autres de son opinion), voire pour les plus radicaux, l’alliance des faibles pour empêcher les forts de diriger (la loi découle d’un rapport de forces).

Pour Platon, la nature humaine doit se réaliser dans la Justice et le Bien : c’est le rôle du philosophe d’aider à accéder au bonheur. Seul le philosophe est détaché des passions humaines et connaît le sens des Idées (la réalité véritable).

 

Il va proposer dans La République la cité idéale :

  • Elle repose sur la justice : pour diriger la cité, il faut connaître les Essences (càd les idées idéales comme le Bien) et non flatter les opinions populaires (doxa). Pour Platon, sans cette connaissance philosophique, les hommes ne pourront trancher les opinions par la loi. (Ils sont dans la caverne).
  • Elle repose sur une division sociale : Platon distingue trois classes, les rois-philosophes ; les guerriers qui en sont les auxiliaires ; puis les artisans et négociants chargés des tâches de base.
  • Elle repose sur quatre vertus : la sagesse (vertu du philosophe), le courage (vertu du guerrier), la tempérance (soumission volontaire aux meilleurs) et la justice (accomplissement par chacun des tâches pour lesquels il est le meilleur).

Platon montre l’intérêt de la cité idéale par opposition aux défauts des cités existantes :

  • Les cités subissent la décadence : quelque soit leur régime, elles dérivent vers des sociétés perverties. L’aristocratie devient timocratie (courage) ou oligarchique (richesse). La démocratie devient tyrannie (despote) … Fort pessimisme de Platon lié aux évènements de son temps et d’un pessimisme sur la nature humaine.
  • Les cités subissent l’injustice : le chemin philosophique vers les Idées et les Essences est le meilleur mais il est difficile à atteindre. Platon prône un certain élitisme, tout en revendiquant une égalité forte entre citoyens (dans la famille notamment). Popper y voit le fondement du totalitarisme : un régime idéal pouvant s’imposer aux hommes.

 

III] Aristote

Aristote (entre 382 et 322 av. JC) part de l’enseignement de Platon dont il fut le disciple afin de construire un système politique plus concret et plus pragmatique.

On peut analyser son œuvre autour de deux thèmes et deux grands ouvrages : la sagesse (dans Ethique à Nicomaque) et la justice (dans Politique).

 

  • La sagesse

Aristote distingue la sagesse théorique et la sagesse pratique : il est illusoire d’attendre des comportements humains la perfection, elle n’existe qu’en théorie. Il suffit de déterminer les moyens pratiques de favoriser une action vertueuse des citoyens.

Aristote s’appuie donc sur les opinions (et non sur des concepts idéaux abstraits) pour isoler trois domaines de la philosophie politique :

-l’éthique : la science du caractère

-l’économique : l’administration du foyer

-la politique : la science du gouvernement

La philosophie politique aristotélicienne a pour but ultime le bonheur : même s’il existe des divergences sur ce qu’est une « bonne vie », on peut proposer un modèle du citoyen vertueux. L’homme est « un animal politique » qui vit au milieu des autres dans la cité. Il vit de manière raisonnable s’il ne se laisse pas guider par les plaisirs ou les passions.

Ainsi l’homme sage, selon Aristote, agit par bonté, par noblesse … Conception morale forte, reposant sur le refus des excès. L’homme doit être prudent.

 

  • La justice

Aristote est à l’origine d’une distinction essentielle dans la définition de la justice, il oppose :

-la justice distributive : donner des choses égales à des individus considérés comme étant dans des situations égales. Pble = quel mérite retenir ?

Pour Aristote la justice est proportionnelle pas égalitaire.

-la justice corrective : rétablir des situations individuelles suite à des comportements malhonnêtes.

D’où l’idée qu’un homme juste doit respecter la loi.

La philosophie politique d’Aristote servira de fondement à la pensée religieuse car elle insiste plus sur le citoyen (et ses vertus) que sur le régime politique.

 

IV] Cicéron

La civilisation romaine prend le pas sur la civilisation grecque. Rome est une puissance militaire et juridique : elle prolonge, sur le plan politique, les analyses grecques (passant de la République à l’Empire) et sur le plan juridique, la réflexion sur les règles politiques (codification du droit).

Ainsi, à Rome, la plupart des penseurs de la politique sont des hommes d’action.

Cicéron (106-43 av. JC) ne fait pas exception. Il synthétise les apports de la civilisation romaine à la pensée politique, fruit d’influences diverses (Platon, stoïcisme, scepticisme …).

Cicéron prolonge le stoïcisme car il considère qu’existe un ordre politique naturel : il est donc possible d’établir des lois naturelles. Dans La République il défend l’idée qu’existent des principes universels basés sur la raison qui doivent fonder l’action politique. C’est la théorie du droit naturel. Cicéron reste toutefois lucide et considère qu’il appartient au gouvernement et au législateur de se fonder sur la raison pour s’approcher de cette règle parfaite.

Ainsi, Cicéron ne se prononce pas sur la forme du bon gouvernement : il insiste sur la place du peuple et de la communauté des citoyens pour que la loi soit respectée et favorise une réelle adhésion politique.

 

Conclusion :

La pensée classique doit être vue de manière plus subtile, elle n’est pas si tranchée conceptuellement ; elle a une fonction pédagogique (ex : la place des dialogues).

 

Références :

DETIENNE, Marcel & VERNANT, Jean-Pierre : Les ruses de l’intelligence - La métis des Grecs, Flammarion, 1974

POPPER, Karl : La société ouverte et ses ennemis Tome 1 – L’ascendant de Platon, Seuil, 1962

VERNANT, Jean-Pierre : Les origines de la pensée grecque, Puf, 1962

VEYNE, Paul : Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?, Seuil, 1983

09:47 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Idées politiques |  Facebook | | |

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