29/11/2011

L'intégration régionale

Caractéristique originale du commerce mondial : l’intégration régionale est un mélange de libre-échange et de protectionnisme. Vue à travers l’exemple européen.

 

        L’effet frontière, McCallum (1995).

A taille et distance comparables, deux régions échangent moins dès lors qu'une frontière politique les sépare. Le niveau élevé des effets frontières au sein d'ensembles intégrés a plusieurs explications : le risque de change ; les préférences des consommateurs ainsi que l'existence de réseaux sociaux ou d'affaires particulièrement denses à l'intérieur des frontières. Cependant, les données sur longue période indiquent une tendance à la baisse de ces effets. Ex : selon Head & Mayer (2002) l’Europe ne s’est pas fermée au commerce extérieur.

 

        La théorie de l’intégration régionale, Balassa (1961).

Les pays qui souhaitent organiser leurs échanges peuvent opter pour plusieurs solutions :

- la zone de libre échange : suppression des frontières aux échanges de marchandises entre partenaires mais autonomie par rapport au reste du monde

- l’union douanière : adoption d’une politique commerciale commune et d’un tarif commun par rapport au reste du monde

- le marché commun : suppression des frontières à l’ensemble des échanges (marchandises, services, capital et travail)

- l’union économique : harmonisation des politiques économiques pour assurer le bon fonctionnement du marché

- l’union politique : politiques économiques communes avec parités fixes

Plusieurs traités de la construction européenne correspondent au modèle de Balassa :

- le Traité de Rome (1957) qui crée une Union douanière : la CEE.

- l’Acte Unique Européen (1986) qui crée un marché commun et une union économique

- le Traité de Maastricht (1992) qui établit une union économique et monétaire

 

        Analyse économique de l’union douanière, Viner (1950)

L’ouverture des frontières entre deux pays avec un tarif douanier extérieur commun produit deux effets antagonistes : il entraîne un détournement de trafic (les fournisseurs étrangers ne peuvent approvisionner le marché) et un effet de substitution (les fournisseurs de la zone sont en concurrence). L’efficacité de l’union dépend donc de sa taille.

Q : l’intégration régionale est-elle une remise en cause du commerce international ?

 

 

I] Le marché unique

Pour fonctionner efficacement l’Union européenne doit mener une politique de concurrence.

 

  • L’interdiction des ententes

Les entreprises doivent respecter le jeu du marché.

Les ententes d’entreprises sont prohibées, si elles affectent le commerce entre Etats membres ou si elles faussent le jeu de la concurrence à l’intérieur du marché intérieur.

Ex : fixation des prix, contrôle de la production, répartition des marchés …

Certaines dérogations sont autorisées par la Commission si les pratiques permettent d’améliorer la production ou la distribution des marchandises, ou si elles favorisent le progrès économique.

Ex : les accords de recherche et développement

 

  • Les abus de position dominante

Si une ou plusieurs entreprises exploitent leur position dominante sur le marché commun de manière abusive.

Ex : fixation de prix non équitables, pratiques discriminatoires …

Les positions dominantes ne sont donc pas interdites en tant que telles.

 

  • Le contrôle des concentrations

Contrairement aux deux principes précédents qui sont issus des traités et inhérents au marché commun, le contrôle des concentrations a été introduit tardivement par un règlement (1989).

La Commission contrôle les opérations a priori càd les fusions d’entreprises qui ont une dimension communautaire. Elle peut autoriser les projets qui lui sont notifiés, elle peut l’assortir de conditions si la concurrence risque d’être atteinte.

 

  • L’interdiction des aides publiques

Si elles favorisent certaines entreprises ou certains secteurs elles vont fausser la concurrence.

Les projets européens ne sont pas concernés. Cela rend difficile l’actionnariat public.

 

  • L’ouverture à la concurrence

Les traités reconnaissent l’existence des entreprises publiques. Seules les distorsions de concurrence sont interdites et elles s’appliquent aux entreprises de service public.

De ce fait, l’UE a mis en œuvre un processus de déréglementation des services publics où la concurrence est possible : transport, distribution d’électricité, postes et télécommunications).

 

 

II] La politique agricole commune

La PAC a longtemps été un des domaines de prédilection de l’intégration régionale.

On peut distinguer deux périodes.

 

  • La PAC originelle

La CEE a mis en place un protectionnisme agricole avec une politique de soutien aux agriculteurs. Au début des années 60 l’agriculture européenne est en retard sur les USA, elle est déficitaire sur le plan commercial.

Plusieurs arguments en faveur du protectionnisme ont été avancés : la lutte contre la concurrence déloyale, la réduction des aléas de l’activité agricole et la prise en compte en compte des externalités.

La PAC visait plusieurs objectifs : accroître la productivité agricole, assurer un niveau de vie équitable aux agriculteurs, stabiliser les marchés, garantir la sécurité des approvisionnements et assurer des prix raisonnables aux consommateurs.

Mais ces ambitions sont contradictoires. Ex : niveau de vie agricole et prix raisonnables.

La PAC instaurait des marchés communautaires pour certains produits, la préférence communautaire, le soutien au prix avec libre circulation des produits.

 

  • La réforme de la PAC

La politique agricole a eu à la fois des conséquences positives et négatives : accroissement de la productivité agricole et disparition d’exploitations, augmentation des revenus, apparition d’excédents, baisse des prix, coût budgétaire élevé, critique des partenaires commerciaux …

A partir des années 80, la réforme de la PAC s’inspire de la logique de marché : baisse des prix de soutien, quotas dans un premier temps. A partir de 1992, la PAC est profondément repensée et réorientée vers des objectifs qualitatifs (ex : environnement) et une aide ciblée au revenu des producteurs.

En parallèle, contestation du protectionnisme agricole au sein de l’OMC.

 

 

III] La politique commerciale

Elle est une compétence communautaire du fait de l’union douanière. La Commission a une mission libre échangiste qu’elle partage toutefois avec les Etats membres.

 

  • Les négociations commerciales

La Commission négocie avec les partenaires sur la base d’un mandat du Conseil.

La politique commerciale a été menée au sein du Gatt : réduction des droits de douane et des restrictions aux échanges dans un premier temps ; puis au sein de l’OMC mais dans une optique différente : critique de la PAC et nouveaux domaines favorables à l’UE.

Ex : les services ou la propriété intellectuelle.

Enfin, l’Union européenne a mis en œuvre des accords spécifiques avec certains partenaires : cette démarche découle soit de liens coloniaux (politique de coopération dans une logique de développement), soit de proximité géographique (accords d’Union douanière avec la Turquie, partenariats avec des pays développés ou non …).

La politique commerciale permet de conclure des accords d’association, en vue de devenir membre de l’Union, et des accords préférentiels avec des pays en développement.

 

  • Une redéfinition de la politique commerciale

Les outils de la politique commerciale commune sont donc aujourd’hui réduits : les mesures antidumping, les clauses de sauvegarde et la lutte contre les contrefaçons.

De plus, certains pays européens mènent une politique commerciale stratégique.

Ex : aérospatial ou aéronautique.

Mais ce n’est pas une démarche communautaire.

 

Conclusion :

Tension permanente entre les deux effets de l’intégration économique sans doute complexifiée par la diversité politique des Etats membres.

 

Références :

BALASSA, Bela : The theory of economic integration, Greenwood, 1961

HEAD, Keith & MAYER, Thierry : Effet frontière, intégration économique et “forteresse Europe”, Economie & Prévision, 2002

McCALLUM, John : National borders matter, American Economic Review, 1995

VINER, Jacob : The customs issue, Carnegie, 1950

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Les acteurs du commerce international

        Les grands traits historiques du commerce international

Au XIXe siècle : domination du Royaume-Uni

Les principaux exportateurs sont européens : Royaume-Uni, France et Allemagne.

Les Etats-Unis deviennent une grande puissance commerciale entre 1850 et 1913. Le Japon commence également à s’insérer dans l’échange international.

40 % des échanges sont intra-européens. Seuls 23 % du commerce ne concerne pas l’Europe.

L’Europe exporte principalement des produits manufacturés et importe des produits primaires.

Au XXe siècle : apparition de nouvelles nations dominantes

Le Royaume-Uni perd progressivement sa prééminence tandis que les Etats-Unis deviennent la nation dominante des échanges internationaux.

Les produits manufacturés se distinguent : les biens d’équipement deviennent une composante essentielle. Les exportations mondiales augmentent fortement après 1945.

 

        La mondialisation actuelle (2009)

Trois grandes zones concentrent l’essentiel du commerce mondial : Amérique du Nord, Europe, Asie.

Les pays échangent essentiellement des marchandises (environ 80 % du total).

On distingue trois grands groupes de marchandises : les produits manufacturés (les 2/3 du total) ; les combustibles et les produits des industries extractives (environ 20 %) et les produits agricoles (un peu moins de 9 %).

Les principaux exportateurs sont la Chine, l’Allemagne, les Etats-Unis (autour de 9-10 %) sur un total de 12.178 G$.

Les principaux importateurs sont les mêmes : Etats-Unis (12,9 %), Chine (8,1 %), Allemagne (7,6 %), sur un total de 12.421 G$.

Les pays d’une zone régionale commercent davantage avec des pays de la même zone.

Ex : Amérique du Nord = 37,9 %, Europe = 70,9 %, Asie = 57,8 %.

On distingue trois grands types de services commerciaux : les transports (environ un quart du total) ; les voyages (un quart également) et les autres services (ex : services financiers ; redevances et droits de licence ou l’informatique …).

Q : quelles sont les stratégies des acteurs du commerce international ?

 

 

I] Les firmes multinationales

Une entreprise multinationale est une entreprise implantée dans plusieurs pays. En général, on considère qu’il faut posséder 10 % du capital d’actifs productifs à l’étranger.

Michalet (1976) montre qu’une multinationale mène une stratégie mondiale : elle alloue ses ressources de manière à tirer profit des différences entre pays.

D’après la Cnuced, on comptabilise 78.000 firmes multinationales en 2007. Leur activité représente 10 % du PIB mondial.

 

  • Les flux d’investissement directs à l’étranger (IDE)

La multinationalisation des firmes passe pas les IDE. Ce sont des prises de participation dans le capital d’entreprises étrangères dans le but de les contrôler.

Première destination des IDE : la Chine. Apparition de multinationales de pays du Sud.

Historiquement les premières multinationales apparaissent dans la navigation pour sécuriser les approvisionnements et les débouchés des pays en cours d’industrialisation. Mais il n’existe pas de modèle de multinationalisation.

Ex : en Allemagne, les firmes multinationales se développent à partir d’un avantage technologique ; aux Etats-Unis à partir des économies d’échelle (production de masse).

Particularité des multinationales : la difficulté de déterminer leur nationalité. Il existe généralement un siège et des filiales à l’étranger, mais ce sont des firmes transnationales. De plus, la nationalité des capitaux évolue. Ex : British American Tobacco, Shell, Vivendi …

Les trente glorieuses sont marquées par la domination des multinationales américaines.

Aujourd’hui, la plupart des grandes entreprises mondiales proviennent de la Triade. Les secteurs les plus importants sont l’automobile, le pétrole, l’industrie pharmaceutique et les télécommunications.

 

  • Les théories économiques de la multinationalisation

D’après la théorie du commerce international, il y a un intérêt à l’échange international càd à l’exportation de biens ou de services. Les multinationales ont une logique différente : elles vont produire directement à l’étranger.

Mundell (1957) montre que si les facteurs de production sont mobiles internationalement mais que le commerce des produits est limité, les investissements à l’étranger sont des substituts au commerce de marchandises. Or le capital est un facteur très mobile.

La multinationalisation permet de contourner les barrières aux échanges.

Pour Vernon (1966) les entreprises s’implantent à l’étranger en fonction du cycle de vie international du produit. Elles diffusent leurs produits en fonction de la phase atteinte par le bien sur le marché national : lancement / croissance / maturité / déclin.

La multinationalisation permet de renouveler et de maintenir la production.

Pour Dunning (1988) l’implantation internationale découle de trois critères :

- la position dominante sur le marché national

- l’intérêt présenté par la localisation sur le marché étranger

- l’internalisation des coûts de transaction par le contrôle de la production à l’étranger

Pour Hymer (1968) les multinationales disposent d’avantages spécifiques transférables internationalement qui leur permettent d’obtenir des gains supérieurs aux coûts d’implantation

Cela découle généralement des imperfections du marché : différenciation des produits, avantage technologique, économies d’échelle ou politiques gouvernementales …

Les multinationales mettent donc en place des barrières à l’entrée du marché.

 

  • Localisation / délocalisation

Mucchielli (1985) défend une approche synthétique de la firme multinationale : c’est la concordance ou la discordance entre les avantages compétitifs des firmes et des pays qui va inciter la firme à exporter ou à se délocaliser.

Les délocalisations consistent à transférer une unité de production d’un pays à un autre. C’est un phénomène extrêmement difficile à évaluer car les réorganisations internationales ne sont que rarement des transferts. Leur conséquence directe est la destruction d’emplois.

Mouhoud (2006) estime que le phénomène de délocalisation pénalise certaines régions, si elles ne disposent pas d’alternatives ou si le bassin d’emploi est peu qualifié.

De plus, les délocalisations concernaient surtout la production de biens de consommation, elles visent à présent les services. Seules les activités intensives en capital humain sont peu touchées. Ainsi, pour Fontagné & Lorenzi (2005) la désindustrialisation est un phénomène naturel peu lié aux délocalisations.

 

 

II] L’organisation des échanges

Découle d’une volonté institutionnelle de créer des organisations spécialisées et favorables au commerce international.

 

  • Le GATT

Le protectionnisme de l’entre deux guerres étant considéré comme un facteur amplifiant la crise des années 30, les Etats-Unis et le Royaume Uni cherchent à instaurer une organisation internationale des échanges internationaux à l’issue de la guerre. Négociation dans le cadre de l’ONU débouche sur un accord mais pas sur une institution. USA ne ratifient pas.

La charte de la Havane adoptée en 1948 est le fondement juridique du Gatt. Il faut distinguer l’accord général et l’institution.

Le Gatt est le cadre de négociations multilatérales entre Etats membres dans le but de favoriser le libre échange.

Ex : réductions des barrières aux échanges telles que les droits de douane ou les quotas.

Le Gatt repose sur plusieurs principes :

- la clause de la nation la plus favorisée : application des mesures à tous les membres.

- le traitement national : pas de discrimination entre résident et non-résident.

- la réciprocité des concessions.

- la transparence des politiques commerciales : interdiction des mesures de contrôle direct du commerce international.

Mais des exceptions sont prévues : en cas de déstabilisation de la production locale, de dumping, d’accords régionaux de libre échange, pour les pays en développement ou en cas de crise de la balance des paiements.

Le Gatt est le cadre de négociations commerciales multilatérales (« round ») entre Etats membres. Le Gatt a connu 8 cycles de négociations en passant de 23 à 123 membres.

Les premiers rounds ont permis de réduire fortement les droits de douane. Mais les négociations au sein du Gatt comportaient plusieurs limites :

- développement des barrières non tarifaires. Ex : normes

- multiplication des accords bilatéraux. Ex : pays en développement ou régionaux.

- exceptions aux règles du libre échange. Ex : textile ou agriculture.

D’où la durée du dernier cycle (Uruguay round) de 1986 à 1994 et ses conclusions : la création d’une nouvelle institution.

 

  • L’OMC

Le 1er janvier 1995, l’OMC succède au GATT. L’organisation des échanges internationaux est réellement institutionnalisée, car l’OMC est une organisation permanente.

L’OMC reprend les principes fondateurs du GATT (et ses procédures de décision / consensus)

Le domaine de compétence est élargi par la conclusion de nouveaux accords : sur le commerce des services, sur les droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce.

De plus, les accords dérogatoires concernant le textile et l’agriculture doivent être progressivement remis en cause.

L’OMC dispose d’un Organe de règlement des différends : si un Etat membre enfreint les règles du commerce mondial, l’ORD peut être saisi pour condamner ce pays et autoriser des mesures compensatoires.

 

Conclusion :

Grande difficulté de négocier multilatéralement. D’où une focalisation du débat sur les multinationales.

 

Références :

CNUCED, World Investment Report, 2008

DUNNING, John : Explaining international production, Harper Collins, 1988

FONTAGNE, Lionel & LORENZI, Jean-Hervé : Désindustrialisation et délocalisations, La Documentation Française, 2005

HYMER, Stephen : La grande « corporation » multinationale, Revue Economique, 1968

MICHALET, Charles-Albert : Le capitalisme mondial, Puf, 1976

MOUHOUD, El Mouhoub : Mondialisation et délocalisation des entreprises, La Découverte, 2006 MUCCHIELLI, Jean-Louis : Multinationales et mondialisation, Seuil, 1985

MUNDELL, Robert : International trade and factor mobility, American Economic Review, 1957

OMC, Statistiques du commerce mondial 2009, 2010

VERNON, Raymond : International investment and international trade in the product cycle, Quarterly Journal of Economics, 1966

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24/11/2011

La politique commerciale

La théorie positive du commerce international a permis de montrer l’intérêt de participer à l’échange entre nations. Mais l’ouverture a des conséquences d’où théories normatives …

 

        La modification de la répartition des richesses à l’intérieur des pays

Ricardo constate que les facteurs de production permettent d’obtenir une rémunération :

capital = profit ; travail = salaire ; terre = rente

Quand la population augmente, il faut produire plus de produits agricoles. Comme on met en culture des terres moins productives, le prix des cultures augmente et la rente aussi.

Pour Ricardo, la somme des facteurs est constante : le profit va donc baisser.

Il faut donc s’ouvrir au commerce international pour importer moins cher et restaurer les profits. Débat sur les « corn laws ». Mais analyse dans le cadre d’une économie stationnaire.

Aujourd’hui approche dominante est celle d’un intérêt fort à l’ouverture au commerce international, car il permet la diffusion des technologies à l’échelle du monde, Eaton & Kortum (1999) et la disponibilité des produits sur tous les marchés, Eaton & Kortum (2002).

 

        Les théorèmes complémentaires de la théorie positive

Dans le cadre de la théorie factorielle :

- Le théorème de Stolper-Samuelson (1941)

La rémunération réelle du facteur de production utilisé intensivement dans la production du bien exporté est supérieure à ce qu’elle serait en autarcie.

Les propriétaires du facteur abondant gagnent à l’échange, pas ceux qui détiennent le facteur rare. Le gain à l’échange est donc positif mais inégalement réparti.

D’où une volonté de protection …

- Le théorème Hecksher-Ohlin-Samuelson (1949)

Au niveau mondial, le prix des facteurs de production a tendance à s’égaliser.

Comme les technologies diffèrent entre les pays, les prix des facteurs sont différents. De plus, il existe des barrières à l’échange (naturelles et artificielles) qui freinent l’égalisation des prix.

- Le théorème de Rybczynski (1955)

La croissance d’un facteur de production abondant va renforcer la spécialisation, puisque la production du bien intensif augmente au détriment de celle de bien dans l’autre facteur.

En concurrence imparfaite, comme les pays ont des dotations similaires, les effets sur la répartition sont moindres.

Q : quelle doit être la politique commerciale d’un pays ?

 

 

I] Libre-échange et protectionnisme

Le libre-échange est l’ouverture des pays aux échanges internationaux. Le protectionnisme est mis en place par un Etat qui veut réduire ses importations.

 

  • En concurrence parfaite

Tous les pays ont un gain à l’échange international.

Le libre-échange produit globalement et individuellement plus qu’en autarcie.

C’est la répartition des richesses à l’intérieur du pays qui pose problème : Grandmont et McFadden (1972) montrent qu’il suffit d’établir un transfert forfaitaire à l’intérieur de chaque pays pour que tout le monde y gagne.

On constate qu’un petit groupe de détenteurs de facteurs de production s’organise plus efficacement pour faire pression, Olson (1982). D’où protection du facteur rare.

C’est donc le rôle de l’Etat de prendre en compte le bien être collectif et de déterminer les agents les plus touchés.

 

  • En concurrence imparfaite

Graham (1923) montre que l’échange international entraîne un gain très important grâce aux rendements d’échelle croissants.

Mais les gains peuvent aussi être inégalement répartis entre les pays. Certains pays gagnent à l’échange et d’autres y perdent.

Or, il n’existe aucune institution de redistribution à l’échelle internationale. Cela repose donc sur un engagement des Etats. Plusieurs facteurs entrent en considération : la crédibilité, le pouvoir …

La théorie des jeux montre qu’un pays qui perd à l’échange n’a pas intérêt à participer au commerce international. D’où l’argument développé par Lancaster & Lipsey (1956) du « second best » : puisque l’économie n’est pas en situation de concurrence parfaite, l’Etat peut mettre en œuvre une nouvelle distorsion qui compense l’imperfection initiale.

 

 

II] Les droits de douane et les quotas

Les droits de douane consistent à taxer les importations pour en augmenter le prix sur le territoire national. Les quotas sont des restrictions quantitatives aux échanges.

 

  • En concurrence parfaite

Les restrictions aux échanges permettent aux producteurs nationaux de vendre à un prix plus élevé qu’auparavant. Les profits augmentent.

L’Etat accroît également ses recettes fiscales pour un droit de douane. L’importateur exclusif (sous licence) augmente son revenu en cas de quota. Ce sont les consommateurs qui perdent : ils payent un prix plus élevé.

Il y a une perte car l’inefficience des producteurs n’est pas compensée par la consommation nationale.

 

  • En concurrence imparfaite

Les prix intérieurs sont inférieurs au prix mondial. Conséquences identiques.

De plus, il existe une différence entre grands et petits pays : les grands peuvent influencer le prix mondial.

Les petits pays ont intérêt à se protéger car les grands pays importateurs peuvent mettre en place des mesures protectionnistes pour faire baisser les prix.

On peut construire un dilemme du prisonnier : deux pays choisissent entre libre-échange et protectionnisme en ayant intérêt à se protéger (équilibre de Nash).

Ils ont donc intérêt à mettre en place une institution garantissant le libre-échange.

Si on considère un jeu avec de nombreux participants, il faut prendre en compte l’existence de coalitions : certains pays vont coopérer pour obtenir des avantages.

 

 

 

III] Les subventions à l'exportation

On paie un producteur national pour qu’il vende à l’étranger.

 

  • En concurrence parfaite

Les pays n’ont jamais intérêt à accorder de subvention : la perte des consommateurs nationaux est toujours supérieure aux gains des producteurs nationaux et des consommateurs étrangers.

La subvention finance le bien être des consommateurs étrangers.

 

  • En concurrence imparfaite

Il peut y avoir des échecs de marché : des externalités positives (ex : production de connaissances) ne sont pas rémunérées. On peut donc subventionner les entreprises.

Mais les entreprises ont une incitation à tricher pour maximiser leurs ressources. Il faut donc que les externalités positives soient limitées au territoire national pour éviter le phénomène de passager clandestin international.

C’est ainsi qu’a été développée la notion de politique commerciale stratégique, qui consiste à coordonner les subventions à l’intérieur d’un marché. Brander & Spencer (1985) considèrent que le monde est en situation oligopolistique.

Deux entreprises ont le choix entre produire ou ne pas produire. Duopole Boeing/Airbus.

Si une seule produit, le monopole assure des gains très élevés. Si les deux produisent, il y a une perte de ressources très importante au niveau mondial. Si aucune ne produit, le gain existe mais est faible car les ressources sont réaffectées.

Deux équilibres possibles. Le premier à produire l’emporte.

Si le gouvernement subventionne l’entreprise, celle-ci est incitée à produire et elle emporte le marché. Sauf si l’autre gouvernement mène la même politique …

Si on considère que Boeing a toujours intérêt à produire (premier arrivé, meilleure technologie, réseaux …), Airbus est incité à négocier une subvention à la recherche et développement.

On débouche sur un nouvel équilibre où chaque entreprise a intérêt à produire.

La subvention coûte donc cher et donne le même résultat que le cas où il n’y a pas de production. Mais tout le raisonnement découle des gains associés au jeu. Or intérêt stratégique

 

Conclusion :

Bhagwati (1988) pour comprendre le protectionnisme, le raisonnement économique n’est pas suffisant : il faut prendre en compte les idéologies et les intérêts.

Deux grands types d’arguments :

- protéger l’économie nationale : industrie naissante ou déclinante, recette fiscale. Mais faux pour l’emploi.

- gérer les relations avec l’extérieur : représailles ou indépendance nationale.

Même raisonnement en faveur du libre échange, Bhagwati (1998).

 

Références :

BHAGWATI, Jagdish : Protectionnisme, Dunod, 1988

BHAGWATI, Jagdish : Eloge du libre échange, Editions d’organisation, 1998

BRANDER, James & SPENCER, Barbara : Export Subsidies and International Market Share Rivalry, Journal of International Economics, 1985

EATON, Jonathan & KORTUM, Samuel : International technology diffusion: theory and measurement, International Economic Review, 1999

EATON, Jonathan & KORTUM, Samuel : Technology, geography and trade, Econometrica, 2002

GRAHAM, Frank : Some aspects of production further considered, Quarterly Journal of Economics, 1923

GRANDMONT, Jean-Michel & McFADDEN, Daniel : A technical note on classical gains from trade, Journal of International Economics, 1972

LIPSEY, Richard & LANCASTER, Kelvin : The general theory of second best, Review of Economic Studies, 1956

OLSON, Mancur : Grandeur et décadence des nations, Bonnel, 1982

RICARDO, David : Essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits, Economica, 1815

RICARDO, David : Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1817

RYBCZYNSKI, Tadeusz : Dotation de facteurs et prix relatifs des biens, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1955

SAMUELSON, Paul : Nouvel examen de l’égalisation internationale du prix des facteurs, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1949

STOLPER, Wolfgang & SAMUELSON, Paul : Protection et rémunérations réelles, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1941

10:10 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |