29/11/2011

Les acteurs du commerce international

        Les grands traits historiques du commerce international

Au XIXe siècle : domination du Royaume-Uni

Les principaux exportateurs sont européens : Royaume-Uni, France et Allemagne.

Les Etats-Unis deviennent une grande puissance commerciale entre 1850 et 1913. Le Japon commence également à s’insérer dans l’échange international.

40 % des échanges sont intra-européens. Seuls 23 % du commerce ne concerne pas l’Europe.

L’Europe exporte principalement des produits manufacturés et importe des produits primaires.

Au XXe siècle : apparition de nouvelles nations dominantes

Le Royaume-Uni perd progressivement sa prééminence tandis que les Etats-Unis deviennent la nation dominante des échanges internationaux.

Les produits manufacturés se distinguent : les biens d’équipement deviennent une composante essentielle. Les exportations mondiales augmentent fortement après 1945.

 

        La mondialisation actuelle (2009)

Trois grandes zones concentrent l’essentiel du commerce mondial : Amérique du Nord, Europe, Asie.

Les pays échangent essentiellement des marchandises (environ 80 % du total).

On distingue trois grands groupes de marchandises : les produits manufacturés (les 2/3 du total) ; les combustibles et les produits des industries extractives (environ 20 %) et les produits agricoles (un peu moins de 9 %).

Les principaux exportateurs sont la Chine, l’Allemagne, les Etats-Unis (autour de 9-10 %) sur un total de 12.178 G$.

Les principaux importateurs sont les mêmes : Etats-Unis (12,9 %), Chine (8,1 %), Allemagne (7,6 %), sur un total de 12.421 G$.

Les pays d’une zone régionale commercent davantage avec des pays de la même zone.

Ex : Amérique du Nord = 37,9 %, Europe = 70,9 %, Asie = 57,8 %.

On distingue trois grands types de services commerciaux : les transports (environ un quart du total) ; les voyages (un quart également) et les autres services (ex : services financiers ; redevances et droits de licence ou l’informatique …).

Q : quelles sont les stratégies des acteurs du commerce international ?

 

 

I] Les firmes multinationales

Une entreprise multinationale est une entreprise implantée dans plusieurs pays. En général, on considère qu’il faut posséder 10 % du capital d’actifs productifs à l’étranger.

Michalet (1976) montre qu’une multinationale mène une stratégie mondiale : elle alloue ses ressources de manière à tirer profit des différences entre pays.

D’après la Cnuced, on comptabilise 78.000 firmes multinationales en 2007. Leur activité représente 10 % du PIB mondial.

 

  • Les flux d’investissement directs à l’étranger (IDE)

La multinationalisation des firmes passe pas les IDE. Ce sont des prises de participation dans le capital d’entreprises étrangères dans le but de les contrôler.

Première destination des IDE : la Chine. Apparition de multinationales de pays du Sud.

Historiquement les premières multinationales apparaissent dans la navigation pour sécuriser les approvisionnements et les débouchés des pays en cours d’industrialisation. Mais il n’existe pas de modèle de multinationalisation.

Ex : en Allemagne, les firmes multinationales se développent à partir d’un avantage technologique ; aux Etats-Unis à partir des économies d’échelle (production de masse).

Particularité des multinationales : la difficulté de déterminer leur nationalité. Il existe généralement un siège et des filiales à l’étranger, mais ce sont des firmes transnationales. De plus, la nationalité des capitaux évolue. Ex : British American Tobacco, Shell, Vivendi …

Les trente glorieuses sont marquées par la domination des multinationales américaines.

Aujourd’hui, la plupart des grandes entreprises mondiales proviennent de la Triade. Les secteurs les plus importants sont l’automobile, le pétrole, l’industrie pharmaceutique et les télécommunications.

 

  • Les théories économiques de la multinationalisation

D’après la théorie du commerce international, il y a un intérêt à l’échange international càd à l’exportation de biens ou de services. Les multinationales ont une logique différente : elles vont produire directement à l’étranger.

Mundell (1957) montre que si les facteurs de production sont mobiles internationalement mais que le commerce des produits est limité, les investissements à l’étranger sont des substituts au commerce de marchandises. Or le capital est un facteur très mobile.

La multinationalisation permet de contourner les barrières aux échanges.

Pour Vernon (1966) les entreprises s’implantent à l’étranger en fonction du cycle de vie international du produit. Elles diffusent leurs produits en fonction de la phase atteinte par le bien sur le marché national : lancement / croissance / maturité / déclin.

La multinationalisation permet de renouveler et de maintenir la production.

Pour Dunning (1988) l’implantation internationale découle de trois critères :

- la position dominante sur le marché national

- l’intérêt présenté par la localisation sur le marché étranger

- l’internalisation des coûts de transaction par le contrôle de la production à l’étranger

Pour Hymer (1968) les multinationales disposent d’avantages spécifiques transférables internationalement qui leur permettent d’obtenir des gains supérieurs aux coûts d’implantation

Cela découle généralement des imperfections du marché : différenciation des produits, avantage technologique, économies d’échelle ou politiques gouvernementales …

Les multinationales mettent donc en place des barrières à l’entrée du marché.

 

  • Localisation / délocalisation

Mucchielli (1985) défend une approche synthétique de la firme multinationale : c’est la concordance ou la discordance entre les avantages compétitifs des firmes et des pays qui va inciter la firme à exporter ou à se délocaliser.

Les délocalisations consistent à transférer une unité de production d’un pays à un autre. C’est un phénomène extrêmement difficile à évaluer car les réorganisations internationales ne sont que rarement des transferts. Leur conséquence directe est la destruction d’emplois.

Mouhoud (2006) estime que le phénomène de délocalisation pénalise certaines régions, si elles ne disposent pas d’alternatives ou si le bassin d’emploi est peu qualifié.

De plus, les délocalisations concernaient surtout la production de biens de consommation, elles visent à présent les services. Seules les activités intensives en capital humain sont peu touchées. Ainsi, pour Fontagné & Lorenzi (2005) la désindustrialisation est un phénomène naturel peu lié aux délocalisations.

 

 

II] L’organisation des échanges

Découle d’une volonté institutionnelle de créer des organisations spécialisées et favorables au commerce international.

 

  • Le GATT

Le protectionnisme de l’entre deux guerres étant considéré comme un facteur amplifiant la crise des années 30, les Etats-Unis et le Royaume Uni cherchent à instaurer une organisation internationale des échanges internationaux à l’issue de la guerre. Négociation dans le cadre de l’ONU débouche sur un accord mais pas sur une institution. USA ne ratifient pas.

La charte de la Havane adoptée en 1948 est le fondement juridique du Gatt. Il faut distinguer l’accord général et l’institution.

Le Gatt est le cadre de négociations multilatérales entre Etats membres dans le but de favoriser le libre échange.

Ex : réductions des barrières aux échanges telles que les droits de douane ou les quotas.

Le Gatt repose sur plusieurs principes :

- la clause de la nation la plus favorisée : application des mesures à tous les membres.

- le traitement national : pas de discrimination entre résident et non-résident.

- la réciprocité des concessions.

- la transparence des politiques commerciales : interdiction des mesures de contrôle direct du commerce international.

Mais des exceptions sont prévues : en cas de déstabilisation de la production locale, de dumping, d’accords régionaux de libre échange, pour les pays en développement ou en cas de crise de la balance des paiements.

Le Gatt est le cadre de négociations commerciales multilatérales (« round ») entre Etats membres. Le Gatt a connu 8 cycles de négociations en passant de 23 à 123 membres.

Les premiers rounds ont permis de réduire fortement les droits de douane. Mais les négociations au sein du Gatt comportaient plusieurs limites :

- développement des barrières non tarifaires. Ex : normes

- multiplication des accords bilatéraux. Ex : pays en développement ou régionaux.

- exceptions aux règles du libre échange. Ex : textile ou agriculture.

D’où la durée du dernier cycle (Uruguay round) de 1986 à 1994 et ses conclusions : la création d’une nouvelle institution.

 

  • L’OMC

Le 1er janvier 1995, l’OMC succède au GATT. L’organisation des échanges internationaux est réellement institutionnalisée, car l’OMC est une organisation permanente.

L’OMC reprend les principes fondateurs du GATT (et ses procédures de décision / consensus)

Le domaine de compétence est élargi par la conclusion de nouveaux accords : sur le commerce des services, sur les droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce.

De plus, les accords dérogatoires concernant le textile et l’agriculture doivent être progressivement remis en cause.

L’OMC dispose d’un Organe de règlement des différends : si un Etat membre enfreint les règles du commerce mondial, l’ORD peut être saisi pour condamner ce pays et autoriser des mesures compensatoires.

 

Conclusion :

Grande difficulté de négocier multilatéralement. D’où une focalisation du débat sur les multinationales.

 

Références :

CNUCED, World Investment Report, 2008

DUNNING, John : Explaining international production, Harper Collins, 1988

FONTAGNE, Lionel & LORENZI, Jean-Hervé : Désindustrialisation et délocalisations, La Documentation Française, 2005

HYMER, Stephen : La grande « corporation » multinationale, Revue Economique, 1968

MICHALET, Charles-Albert : Le capitalisme mondial, Puf, 1976

MOUHOUD, El Mouhoub : Mondialisation et délocalisation des entreprises, La Découverte, 2006 MUCCHIELLI, Jean-Louis : Multinationales et mondialisation, Seuil, 1985

MUNDELL, Robert : International trade and factor mobility, American Economic Review, 1957

OMC, Statistiques du commerce mondial 2009, 2010

VERNON, Raymond : International investment and international trade in the product cycle, Quarterly Journal of Economics, 1966

22:25 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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