24/11/2011

Les théories de l'échange international

        Caractéristiques de l’économie contemporaine

Un fort accroissement des échanges internationaux. Les exportations et les importations modifient les structures des économies : elles stimulent les productions nationales et elles rendent la compétition mondiale.

Toutefois, ce phénomène n’est pas nouveau. Berger (2003) parle de la « première mondialisation », Ferguson (2003) de l’ « anglobalization » pour celle de 1870-1914.

Pour Kindleberger (1973) la crise des années 30 s’explique principalement par la diminution des échanges internationaux.

 

        La question du libre échange et des fondements du commerce international

C’est une source de débats théoriques inépuisable … Polémique débutant dès l’origine de la « science » économique. Ainsi Hume (1752) critique la vision mercantiliste de l’économie. Le commerce international ne sert qu’à favoriser les exportations, il doit être contrôlé par les nations. Pour Hume l’échange international est une source d’opportunités réciproques.

Pour les néo-classiques Marshall (1879) et Edgeworth (1894) il suffit que les pays soient différents pour qu’ils aient un intérêt à échanger. Les sources de différence peuvent provenir de la technologie, des facteurs ou des goûts.

 

        Les spécificités du commerce international

- il permet d’augmenter les échanges : en quantité et en qualité

- il repose sur la souveraineté des Nations : les réglementations dépendent des pays

- il faut pouvoir convertir les monnaies : c’est la question du taux de change (Rappel)

De plus, l’existence du commerce international repose sur trois constats :

- la diversité des ressources naturelles planétaires : pétrole, fruits exotiques, Johnny …

- les différences de goûts à l’échelle du monde

- les divergences de coûts : principalement de production.

Les théories du commerce international cherchent à répondre à une série de questions : pourquoi s’engager dans l’échange international, quels en sont les déterminants, quelle sera sa structure ou son volume …

On divise traditionnellement les théories du commerce international en deux branches : la théorie positive qui étudie les conséquences économiques de l’échange et la théorie normative qui analyse l’organisation des échanges entre pays. (Thème étudié à part).

Q : la question de l’ouverture des frontières économiques ne peut-elle être que politique ?

 

 

I] Les théories classiques du commerce international

  • Avantages absolus, avantages comparatifs

La logique de l’échange international est introduite par Adam Smith (1776) : pour lui, le commerce international découle de l’existence d’avantages absolus.

Chaque pays se spécialise dans le produit où il a un coût faible. L’échange est générateur de gains pour les deux parties.

Mais, pour que l’échange soit mutuellement avantageux, il faut que les avantages soient réciproques. Un pays n’ayant pas d’avantage absolu ne peut s’engager dans le commerce international.

C’est l’application de la division du travail à l’échelle internationale : un pays se spécialise dans le produit pour lequel il a un avantage absolu. Cela crée un gain mondial car la production du bien sera plus importante et générera un échange de biens supplémentaires.

C’est donc avec la théorie des avantages comparatifs de Ricardo (1817) que la participation au commerce international est systématisée.

Il est toujours avantageux pour deux pays de commercer, à condition qu’ils se spécialisent dans le bien pour lequel ils ont le plus grand avantage absolu ou le plus petit désavantage absolu : cela repose sur la notion de coût d’opportunité.

L’intérêt du commerce réside dans le fait que les pays importent un produit relativement moins cher qu’il ne leur coûterait à fabriquer nationalement et qu’ils exportent un produit plus cher que ce qu’ils pourraient vendre en autarcie.

 

  • L’enrichissement des modèles

Ces modèles ne raisonnent qu’à partir des coûts (offre). Pour Mill (1844) il faut également prendre en compte la demande pour comprendre la fixation des prix internationaux.

Quand plusieurs nations s’engagent dans le commerce international, le prix s’établit de manière à égaliser l’offre et la demande mondiale. Comme les coûts de production sont différents pour chaque pays, cela va en favoriser certains plus que d’autres. L’intérêt à échanger dépend donc des réactions de la demande …

Cela ouvre la voie à la théorie normative du commerce international : il est possible de manipuler les termes de l’échange par des taxes ou des quotas … (A suivre).

Pour Mucchielli (1991) il faut éviter les fausses interprétations de la théorie des avantages comparatifs. Il en évoque quatre :

- de nombreux petits pays n’auraient pas d’avantages comparatifs

- les pays dont les biens incorporent plus de travail sont défavorisés

- la concurrence des pays à bas salaire est déloyale

- les avantages comparatifs sont au fondement d’une politique libérale

MacDougal (1951) valide en partie l’hypothèse de Ricardo. Comparaison USA/UK en 1937.

 

 

II] Les théories néo-classiques du commerce international

Elles cherchent à expliquer le commerce international en se basant sur la concurrence parfaite.

 

  • Le commerce international s’explique par des différences de technologie

On considère que les pays ont les mêmes dotations en facteurs : les différences de technologie créent un gain à l’échange partagé par les pays. Dornbusch, Krugman & Samuelson (1977).

Chacun transfère sa force de travail dans les secteurs où il est relativement plus efficace. C’est un gain d’efficience productive.

C’est une généralisation du modèle ricardien à un grand nombre de biens et de pays.

Balassa (1963) valide empiriquement cette approche : il existe une relation entre exportation et productivité. Le transfert de facteurs de production rend bien les pays plus productifs et augmente les gains de l’échange pour tous.

Mais cela n’explique pas l’origine des différences de technologie.

 

  • Le commerce international s’explique par des différences de dotation factorielle

Les pays possèdent plus ou moins de capital et de travail. Pour produire certains biens il faut plus de capital ou plus de travail.

Selon Hecksher (1919) et Ohlin (1933) un pays a un avantage comparatif dans le bien dont la production est intensive dans le facteur relativement abondant.

Le commerce international permet indirectement d’échanger des facteurs de production.

Dès lors pour Mundell (1957) il suffit de doter les pays des facteurs nécessaires pour que l’échange soit favorable.

Cela ouvre la voie à l’analyse des mouvements internationaux de facteurs. (A suivre).

Leontief (1953) a cherché à valider empiriquement cette théorie en étudiant les exportations américaines. Les USA sont fortement dotés en capital mais réalisent des exportations intensives en travail et des importations intensives en capital. C’est le paradoxe de Leontief.

Seule explication possible : les différences de productivité entre pays : l’innovation, le capital humain, les ressources naturelles … Disparition du paradoxe à partir des années 70.

Les théories du commerce international en concurrence parfaite semblent donc justifier des échanges entre pays développés ou non, car elles se fondent sur des différences. Or la plupart des pays de l’OCDE sont très proches en termes de technologie, de dotations ou de goûts …

Le commerce international n’est donc pas expliqué pour ces pays. D’où …

 

 

III] Les nouvelles théories du commerce international

Elles reposent sur une analyse en termes de concurrence imparfaite.

 

  • La taille du marché

Krugman (1990) les entreprises peuvent fixer leurs prix. En présence d’économies d’échelle, leur production est d’autant plus efficiente qu’elle est réalisée sur une échelle importante.

Les entreprises peuvent dégager des économies d’échelle internes : augmentation d’un facteur de production qui permet une augmentation de la production plus que proportionnelle.

Elles peuvent également dégager des économies d’échelle externes : si la taille de l’entreprise augmente, sa production augmente plus que proportionnellement.

Enfin, la localisation des entreprises joue un rôle essentiel qui permet de faire émerger des synergies.

 

  • La concurrence monopolisitique

Dixit & Stiglitz (1977) chaque entreprise propose un produit différent. Cette différenciation permet de produire une plus grande variété de biens qui accroît la taille du marché.

Ainsi, chaque entreprise peut vendre de plus grandes quantités à un prix plus faible. Pour le consommateur, il y a une plus grande variété de choix.

Cela permet d’expliquer le commerce intrabranche : des pays similaires vont échanger des biens différenciés. Helpman (1987) valide cette théorie en montrant que les grands pays ayant des marchés de grande taille peuvent produire plus de biens différenciés.

 

  • Monopole et duopole

Brander & Krugman (1983) les entreprises vont opérer une discrimination tarifaire à l’étranger pour segmenter les marchés. Si la concurrence est plus forte à l’étranger, elles pratiquent du dumping.

Si deux entreprises sont en situation de monopole nationalement, elles vont se concurrencer. C’est une situation de duopole.

 

Conclusion :

Grande variété d’explications du commerce international. Pose de nombreuses questions.

 

Références :

BALASSA, Bela : Une démonstration empirique de la théorie classique des coûts comparés, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1963

BERGER, Suzanne : Notre première mondialisation, Seuil, 2003

BRANDER, James & KRUGMAN, Paul : A “reciprocal dumping” model of international trade, Journal of International Economics, 1983

DIXIT, Avinash & STIGLITZ, Joseph : Concurrence monopolistique et diversité optimale des produits, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1977

DORNBUSCH, Rudiger ; FISCHER, Stanley & SAMUELSON, Paul : Comparative Advantage, Trade and Payments in a Ricardian Model with a Continuum of Goods, American Economic Review, 1977

EDGEWORTH, Francis : The Theory of International Values, Economic Journal, 1894

FERGUSON, Niall : Empire, Penguin, 2003

HECKSHER, Eli : Effets du commerce international sur la répartition du revenu, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1919

HELPMAN, Elhanan : Imperfect competition and international trade, Journal of the Japanese and International Economies, 1987

HUME, David : De la balance du commerce, in Essais moraux, politiques et littéraires et autres essais, Puf, 1752

KINDLEBERGER, Charles : La Grande Crise Mondiale, Economica, 1973

KRUGMAN, Paul : Rethinking international trade, MIT Press, 1990

LEONTIEF, Wassily : Production domestique et commerce international, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1953

MacDOUGAL, G.D.A : Les exportations britanniques et américaines, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1951

MARSHALL, Alfred : The Pure Theory of Foreign Trade, Augustus Kelley Publishers, 1879

MILL, John Stuart : Principles of political economy, Oxford University Press, 1844

MUCCHIELLI, Jean-Louis : Relations économiques internationales, Hachette, 1991

MUNDELL, Robert : International Trade and Factor Mobility, American Economic Review, 1957

OHLIN, Bertil : Interregional and International Trade, Harvard University Press, 1933

RICARDO, David : Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1817

SMITH, Adam : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776

10:00 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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