24/11/2011

La politique commerciale

La théorie positive du commerce international a permis de montrer l’intérêt de participer à l’échange entre nations. Mais l’ouverture a des conséquences d’où théories normatives …

 

        La modification de la répartition des richesses à l’intérieur des pays

Ricardo constate que les facteurs de production permettent d’obtenir une rémunération :

capital = profit ; travail = salaire ; terre = rente

Quand la population augmente, il faut produire plus de produits agricoles. Comme on met en culture des terres moins productives, le prix des cultures augmente et la rente aussi.

Pour Ricardo, la somme des facteurs est constante : le profit va donc baisser.

Il faut donc s’ouvrir au commerce international pour importer moins cher et restaurer les profits. Débat sur les « corn laws ». Mais analyse dans le cadre d’une économie stationnaire.

Aujourd’hui approche dominante est celle d’un intérêt fort à l’ouverture au commerce international, car il permet la diffusion des technologies à l’échelle du monde, Eaton & Kortum (1999) et la disponibilité des produits sur tous les marchés, Eaton & Kortum (2002).

 

        Les théorèmes complémentaires de la théorie positive

Dans le cadre de la théorie factorielle :

- Le théorème de Stolper-Samuelson (1941)

La rémunération réelle du facteur de production utilisé intensivement dans la production du bien exporté est supérieure à ce qu’elle serait en autarcie.

Les propriétaires du facteur abondant gagnent à l’échange, pas ceux qui détiennent le facteur rare. Le gain à l’échange est donc positif mais inégalement réparti.

D’où une volonté de protection …

- Le théorème Hecksher-Ohlin-Samuelson (1949)

Au niveau mondial, le prix des facteurs de production a tendance à s’égaliser.

Comme les technologies diffèrent entre les pays, les prix des facteurs sont différents. De plus, il existe des barrières à l’échange (naturelles et artificielles) qui freinent l’égalisation des prix.

- Le théorème de Rybczynski (1955)

La croissance d’un facteur de production abondant va renforcer la spécialisation, puisque la production du bien intensif augmente au détriment de celle de bien dans l’autre facteur.

En concurrence imparfaite, comme les pays ont des dotations similaires, les effets sur la répartition sont moindres.

Q : quelle doit être la politique commerciale d’un pays ?

 

 

I] Libre-échange et protectionnisme

Le libre-échange est l’ouverture des pays aux échanges internationaux. Le protectionnisme est mis en place par un Etat qui veut réduire ses importations.

 

  • En concurrence parfaite

Tous les pays ont un gain à l’échange international.

Le libre-échange produit globalement et individuellement plus qu’en autarcie.

C’est la répartition des richesses à l’intérieur du pays qui pose problème : Grandmont et McFadden (1972) montrent qu’il suffit d’établir un transfert forfaitaire à l’intérieur de chaque pays pour que tout le monde y gagne.

On constate qu’un petit groupe de détenteurs de facteurs de production s’organise plus efficacement pour faire pression, Olson (1982). D’où protection du facteur rare.

C’est donc le rôle de l’Etat de prendre en compte le bien être collectif et de déterminer les agents les plus touchés.

 

  • En concurrence imparfaite

Graham (1923) montre que l’échange international entraîne un gain très important grâce aux rendements d’échelle croissants.

Mais les gains peuvent aussi être inégalement répartis entre les pays. Certains pays gagnent à l’échange et d’autres y perdent.

Or, il n’existe aucune institution de redistribution à l’échelle internationale. Cela repose donc sur un engagement des Etats. Plusieurs facteurs entrent en considération : la crédibilité, le pouvoir …

La théorie des jeux montre qu’un pays qui perd à l’échange n’a pas intérêt à participer au commerce international. D’où l’argument développé par Lancaster & Lipsey (1956) du « second best » : puisque l’économie n’est pas en situation de concurrence parfaite, l’Etat peut mettre en œuvre une nouvelle distorsion qui compense l’imperfection initiale.

 

 

II] Les droits de douane et les quotas

Les droits de douane consistent à taxer les importations pour en augmenter le prix sur le territoire national. Les quotas sont des restrictions quantitatives aux échanges.

 

  • En concurrence parfaite

Les restrictions aux échanges permettent aux producteurs nationaux de vendre à un prix plus élevé qu’auparavant. Les profits augmentent.

L’Etat accroît également ses recettes fiscales pour un droit de douane. L’importateur exclusif (sous licence) augmente son revenu en cas de quota. Ce sont les consommateurs qui perdent : ils payent un prix plus élevé.

Il y a une perte car l’inefficience des producteurs n’est pas compensée par la consommation nationale.

 

  • En concurrence imparfaite

Les prix intérieurs sont inférieurs au prix mondial. Conséquences identiques.

De plus, il existe une différence entre grands et petits pays : les grands peuvent influencer le prix mondial.

Les petits pays ont intérêt à se protéger car les grands pays importateurs peuvent mettre en place des mesures protectionnistes pour faire baisser les prix.

On peut construire un dilemme du prisonnier : deux pays choisissent entre libre-échange et protectionnisme en ayant intérêt à se protéger (équilibre de Nash).

Ils ont donc intérêt à mettre en place une institution garantissant le libre-échange.

Si on considère un jeu avec de nombreux participants, il faut prendre en compte l’existence de coalitions : certains pays vont coopérer pour obtenir des avantages.

 

 

 

III] Les subventions à l'exportation

On paie un producteur national pour qu’il vende à l’étranger.

 

  • En concurrence parfaite

Les pays n’ont jamais intérêt à accorder de subvention : la perte des consommateurs nationaux est toujours supérieure aux gains des producteurs nationaux et des consommateurs étrangers.

La subvention finance le bien être des consommateurs étrangers.

 

  • En concurrence imparfaite

Il peut y avoir des échecs de marché : des externalités positives (ex : production de connaissances) ne sont pas rémunérées. On peut donc subventionner les entreprises.

Mais les entreprises ont une incitation à tricher pour maximiser leurs ressources. Il faut donc que les externalités positives soient limitées au territoire national pour éviter le phénomène de passager clandestin international.

C’est ainsi qu’a été développée la notion de politique commerciale stratégique, qui consiste à coordonner les subventions à l’intérieur d’un marché. Brander & Spencer (1985) considèrent que le monde est en situation oligopolistique.

Deux entreprises ont le choix entre produire ou ne pas produire. Duopole Boeing/Airbus.

Si une seule produit, le monopole assure des gains très élevés. Si les deux produisent, il y a une perte de ressources très importante au niveau mondial. Si aucune ne produit, le gain existe mais est faible car les ressources sont réaffectées.

Deux équilibres possibles. Le premier à produire l’emporte.

Si le gouvernement subventionne l’entreprise, celle-ci est incitée à produire et elle emporte le marché. Sauf si l’autre gouvernement mène la même politique …

Si on considère que Boeing a toujours intérêt à produire (premier arrivé, meilleure technologie, réseaux …), Airbus est incité à négocier une subvention à la recherche et développement.

On débouche sur un nouvel équilibre où chaque entreprise a intérêt à produire.

La subvention coûte donc cher et donne le même résultat que le cas où il n’y a pas de production. Mais tout le raisonnement découle des gains associés au jeu. Or intérêt stratégique

 

Conclusion :

Bhagwati (1988) pour comprendre le protectionnisme, le raisonnement économique n’est pas suffisant : il faut prendre en compte les idéologies et les intérêts.

Deux grands types d’arguments :

- protéger l’économie nationale : industrie naissante ou déclinante, recette fiscale. Mais faux pour l’emploi.

- gérer les relations avec l’extérieur : représailles ou indépendance nationale.

Même raisonnement en faveur du libre échange, Bhagwati (1998).

 

Références :

BHAGWATI, Jagdish : Protectionnisme, Dunod, 1988

BHAGWATI, Jagdish : Eloge du libre échange, Editions d’organisation, 1998

BRANDER, James & SPENCER, Barbara : Export Subsidies and International Market Share Rivalry, Journal of International Economics, 1985

EATON, Jonathan & KORTUM, Samuel : International technology diffusion: theory and measurement, International Economic Review, 1999

EATON, Jonathan & KORTUM, Samuel : Technology, geography and trade, Econometrica, 2002

GRAHAM, Frank : Some aspects of production further considered, Quarterly Journal of Economics, 1923

GRANDMONT, Jean-Michel & McFADDEN, Daniel : A technical note on classical gains from trade, Journal of International Economics, 1972

LIPSEY, Richard & LANCASTER, Kelvin : The general theory of second best, Review of Economic Studies, 1956

OLSON, Mancur : Grandeur et décadence des nations, Bonnel, 1982

RICARDO, David : Essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits, Economica, 1815

RICARDO, David : Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1817

RYBCZYNSKI, Tadeusz : Dotation de facteurs et prix relatifs des biens, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1955

SAMUELSON, Paul : Nouvel examen de l’égalisation internationale du prix des facteurs, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1949

STOLPER, Wolfgang & SAMUELSON, Paul : Protection et rémunérations réelles, in LASSUDRIE-DUCHENE, Bernard dir., Échange international et croissance, Economica, 1941

10:10 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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