24/11/2011

L'Union économique et monétaire

        Une décision économique et politique

Volonté de créer une banque centrale commune aux pays européens. Choix d’une banque centrale indépendante du pouvoir politique, càd indépendante sur le plan des opérations (décisions), des dirigeants (mandat sans révocation) et des sources de financement.

En Europe a été mis en place un modèle original : le Système Européen de Banques Centrales.

L’Eurosystème est composé de la BCE et des Banques centrales des pays membres de la zone euro. C’est le dispositif principal du SEBC. Certains pays de l’UE n’ayant pas adopté l’euro.

L’Eurosystème gère la politique monétaire, collecte des informations statistiques et régule les secteurs bancaire et financier.

- Volonté d’accompagner le marché unique

- Recherche d’un cadre financier simplifié (au regard des problèmes de changes ou de spéculation)

La Banque Centrale Européenne (BCE) a pour mandat principal la stabilité des prix et le soutien éventuel aux politiques économiques. Approche monétariste.

 

        Un dispositif juridique contraignant

Le traité de Maastricht (1992) est le fondement juridique du SEBC, il est à l’origine de la création de l’euro et a instauré la politique monétaire européenne (de type fédérale).

Plusieurs critères macroéconomiques de convergences ont été définis :

- Taux d’inflation : ne doit pas dépasser 1,5 % de la moyenne des trois meilleurs

- Taux de change stable

- Déficit public inférieur à 3 % du PIB

- Endettement public inférieur à 60 % du PIB

- Taux d’intérêt : ne doit pas dépasser 2 % de la moyenne des trois meilleurs

Système renforcé par la Pacte de stabilité et de croissance (1997) : sanction du non respect des critères. Même si son fonctionnement a été assoupli …

Rôle important joué par la Commission européenne dans l’analyse des politiques économiques : les grandes orientations de politique économique (GOPE) doivent être présentées par les Etats.

Q : quelles sont les spécificités du financement de l’économie en Europe ?

 

 

I] La monnaie unique européenne

 

  • Une réponse à l’échec du système de Bretton Woods.

Rapport Werner (1971) propose d’harmoniser les politiques monétaires et de change au niveau européen pour accompagner le rapprochement commercial. Objectifs :

- Renforcer le rôle de l’Europe dans le SMI

- Unification du marché européen

Vision ambitieuse (finalement proche du SEBC) mais qui n’a pu être mise en œuvre dans les années 70 où les pays ont apporté des réponses nationales en termes de politiques économiques.

Face au flottement généralisé des monnaies : l’Allemagne et le Benelux ainsi que des participants occasionnels ont mis en place un flottement par rapport au dollar (informel) : le serpent monétaire.

En 1979, c’est ce modèle qui sert de référence au Système Monétaire Européen (SME) : France, Allemagne, Benelux, Italie, Danemark et Irlande instaurent un système de changes fixes entre eux.

La disparité des situations macroéconomiques (inflation notamment) le rendait très fragile. Pourtant, grâce à des politiques de coopération et des ajustements de taux de changes, il a fonctionné jusqu’en 1992 avec les caractéristiques suivantes :

- Système dominé par l’Allemagne : DM monnaie de référence

- Système crédibilisé par l’Allemagne : réputation de la Bundesbank / inflation

L’indépendance de la Banque centrale conduisant empiriquement à une inflation plus faible selon Alesina & Summers (1993) et l’histoire économique allemande ont conduit la Bundesbank à s’affirmer comme le pivot du SME. Cela a favorisé la convergence des taux d’inflation de ses membres et cela a poussé les gouvernements des pays à inflation forte à ne pas dévaluer et donc à gagner en crédibilité. Rogoff (1985).

 

  • L’Union économique et monétaire

L’approfondissement du marché unique a conduit les pays de la CEE à parachever l’harmonisation en mettant en place l’Union Economique et Monétaire (UEM). Passage en plusieurs étapes à une unification monétaire :

- Participation au mécanisme de change du SME : parités fixes

- Libre circulation des capitaux et indépendance des banques centrales

- Création d’une monnaie unique dans un cadre institutionnel européen

L’UEM est un choix économique et politique qu’on peut analyser par le triangle d’incompatibilité de Mundell (1960) : il n’est pas possible de concilier liberté de circulation des capitaux, parités fixes et autonomie de la politique monétaire.

 

 

II] Les zones monétaires optimales 

  • La théorie des zones monétaires optimales

Analyse économique de l’intérêt pour des économies d’unifier leurs monnaies, développée par Mundell (1961). Elle apporte la réponse de principe à la construction monétaire européenne : un système de taux de change fixe est le plus approprié pour des pays intégrés économiquement. Critère essentiel : la mobilité des facteurs de production.

Une zone monétaire optimale fournit aux participants un gain d’efficience monétaire : réduction de l’incertitude et des coûts de transaction.

Ex : Bean (1992) convertir un billet dans les devises européennes lui fait perdre la moitié de sa valeur

Cependant une zone monétaire optimale induit une perte de stabilité économique : les pays rejoignant l’aire monétaire abandonnent leur capacité de mener une politique monétaire autonome ou de modifier leur taux de change.

Pour McKinnon (1963) le critère essentiel est l’ouverture des économies : plus les pays sont ouverts, plus ils ont intérêt à avoir des changes fixes.

Pour Kenen (1969) plus les productions d’une même zone sont diversifiées, moins les pays auront intérêt à utiliser l’ajustement monétaire pour affronter les chocs.

 

  • L’optimalité et l’UEM

Le débat essentiel porte autour de la définition d’une zone monétaire optimale.

Il faut à la fois un commerce de biens et de services très développé et des facteurs mobiles. Ce qui peut expliquer le flottement des grandes monnaies internationales.

On constate en Europe un niveau élevé des échanges commerciaux intra-européens mais la mobilité des facteurs reste discutable (concernant le travail notamment) ce qui justifie les démarches d’harmonisation des cursus (Erasmus, LMD).

Enfin d’autres facteurs interviennent et alimentent le débat :

- Le rapprochement des structures économiques : réaction aux chocs économiques

- Le fédéralisme fiscal : transfert de ressources entre Etats membres

L’UEM va donc produire de nombreux effets sur d’autres secteurs : marché du travail, politique économique … C’est sans doute au niveau politique que seront réglés les problèmes à venir.

 

 

III] L’Europe financière

 

  • La dimension financière du marché unique

Elle est le produit de l’adaptation de l’Europe aux mutations financières internationales : libéralisation des opérations financières et globalisation des activités.

L’Europe financière est fondée sur des libertés fondamentales :

- La liberté d’établissement

- La libre circulation des capitaux (1990)

- La libre prestation de services financiers (1993)

D’après Aglietta (1995) un système financier doit résoudre le dilemme efficacité / sécurité : un système stable s’accompagne d’une moins grande efficacité et réciproquement.

Trois critères illustrent ce dilemme :

- La place des marchés financiers dans les circuits de financement

- Le degré de séparation des banques et des autres institutions financières

- Le degré de concentration bancaire

D’où le développement des crises financières internationales périodiques.

 

  • Le système financier européen dans l’économie mondiale

Les conséquences du système financier européen sont triples et contradictoires :

- Les flux de capitaux entraînent des gains d’efficacité : meilleure allocation des capitaux et restructurations

- Le système financier est fragilisé par les risques d’instabilité : accroissement du risque systémique

- Les politiques économiques subissent des pertes d’efficacité : délocalisations, concurrence fiscale, pas de politique monétaire autonome

 

Conclusion :

L’Europe monétaire et financière ne peut se comprendre sans une dimension politique.

 

Références :

AGLIETTA, Michel : Macroéconomie financière, La Découverte, 1995

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

BEAN, Charles : Economic and monetary union in Europe, Journal of Economic Perspectives, 1992

KENEN, Peter : The theory of optimum currency areas: an eclectic view, in MUNDELL, Robert & SWOBODA, Alexandre dir. : Monetary problems of the international economy, University of Chicago Press, 1969

McKINNON, Ronald : Optimum currency areas, American Economic Review, 1963

MUNDELL, Robert : The Monetary Dynamics of International Adjustement under Fixed and Flexible Exchange Rates, Quarterly Journal of Economics, 1960

MUNDELL, Robert : A theory of optimum currency area, American Economic Review, 1961

RICHE, Pascal & WYPLOSZ, Charles : L’union monétaire de l’Europe, Seuil, 1993

ROGOFF, Kenneth : The optimal degree of commitment to an intermediate monetary target, Quarterly Journal of Economics, 1985

09:53 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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