18/11/2011

Théories classiques des organisations

Théories "classiques" : ce sont les premières, parfois les plus connues. Elles sont simples et toujours d’actualité.

 

I] Taylor et l’organisation du travail

  • Le management scientifique

Frederick Taylor ouvrier puis ingénieur, principalement dans l’aciérie.

Il cherche à analyser les méthodes de travail des entreprises dans lesquelles il exerce. Ses premières publications s’adressent principalement à d’autres ingénieurs et portent sur le salaire aux pièces ou le travail d’atelier.

Il publie en 1911 son ouvrage de référence : Les principes de la direction scientifique.

Dans ce livre il expose les principes de gestion à respecter pour que dirigeants et salariés d’une entreprise puissent travailler en bonne intelligence.

Ces principes sont :

-          la division horizontale du travail : (la parcellisation) les tâches sont décomposées pour faire apparaître la meilleure méthode de production

-          la division verticale du travail : (séparation entre conception et exécution) les ouvriers appliquent les pratiques sélectionnées par le bureau des méthodes

-          le salaire au rendement : pour favoriser la productivité et la motivation du personnel les salaires dépendent du nombre de pièces produites

-          le contrôle du travail : le travail des ouvriers est encadré par des contremaîtres

 

Taylor considère que les dirigeants et les salariés peuvent et doivent agir en commun avec comme but essentiel l’amélioration de la productivité. Ceci s’explique par le contexte historique : le passage d’une économie artisanale à la production industrielle de masse et la généralisation du travail en usine et en ateliers.

La productivité doit permettre de réduire au maximum les gaspillages, de temps ou de matières. Ces principes doivent permettre à du personnel peu qualifié de travailler efficacement sans commettre d’erreurs.

Tout le raisonnement de Taylor est fondé sur une utopie scientiste : il existe des manières de faire qui sont meilleures que d’autres, c’est le « one best way » qui devient la norme.

Taylor est le premier à percevoir le rôle que va jouer l’encadrement : cette catégorie du personnel anime les ateliers, encadre le travail, motive et contrôle le personnel. Ils auront un rôle informationnel et personnel.

 

  • Une approche mécaniste de l’organisation

Il ne faut pas confondre Taylor et taylorisme. L’expérience d’ingénieur et de conseiller en organisation de Taylor a été très spécifique : c’est la gestion de la production et l’organisation des ateliers qui ont permis à cet auteur d’énoncer ces principes. La généralisation de la direction scientifique n’est pas un objectif de l’ouvrage, c’est l’œuvre d’entrepreneurs convaincus par ses théories.

La démarche de Taylor est simple voire simpliste, c’est à la fois sa force et sa faiblesse : elle est facilement opérationnelle, mais elle démontre une absence totale de compréhension de la personne humaine. La pauvreté de la conception du travailleur dans l’optique taylorienne a fait l’objet d’un grand nombre de critiques. Le philosophe et sociologue Friedmann a ainsi parlé des « dégâts » du machinisme, du « travail en miettes » pour démontrer que les ouvriers ne sont pas que des exécutants motivés par un salaire. De plus l’encadrement étroit dont fait l’objet le travail humain empêche de remplir l’objectif de pacification sociale que Taylor espérait.

De plus, la vision de Taylor fait l’impasse sur les effets d’expérience et la diffusion des savoirs dans les organisations. Le processus d’apprentissage par les erreurs, les progrès sont largement ignorés par l’approche mécaniste du travail et de la production développée dans les Principes. Les progrès dans l’organisation ne sont pas toujours perçus par des concepteurs sans responsabilités opérationnelles comme les membres du bureau des méthodes.

Toutefois, il est courant de rappeler que le taylorisme n’a pas entièrement disparu : il existe encore pour des productions standardisées ou les cadences sont un élément essentiel de différenciation comme la restauration rapide ou le travail de caisse.

Comme Taylor est le premier à formuler une théorie d’ensemble de l’organisation, son œuvre fait l’objet de controverses passionnées, qui existent toujours : sa théorie ne serait qu’un ensemble d’emprunts à d’autres auteurs sans réelle originalité.

 

II] Fayol et l’administration industrielle

  • L’invention du management

Henry Fayol est un ingénieur français, principalement dans le domaine minier.

Il est le premier à se pencher sur le management proprement dit, qu’il qualifie d’administration. Comme ingénieur, sa préoccupation est de fournir aux jeunes diplômés les connaissances essentielles pour travailler en entreprise.

Son ouvrage fondamental est publié en 1916 : Administration industrielle et générale.

Dans ce livre, Fayol constate que les entreprises reposent sur des principes communs :

ð  prévoir et planifier : rationaliser l’avenir

ð  organiser : allouer des ressources

ð  commander : faire exécuter

ð  coordonner : faire fonctionner l’entreprise dans son ensemble

ð  contrôler : vérifier la bonne marche de l’entreprise

 

Il en tire quatorze principes d’administration pour les entreprises :

-          la division du travail : spécialisation des travailleurs pour accroître l’efficacité

-          l’autorité et la responsabilité : commander et se faire obéir

-          la discipline : respect par les travailleurs des principes de l’entreprise

-          l’unité de commandement : chaque employé n’a qu’un seul chef

-          l’unité de direction : il n’existe qu’un dirigeant pour appliquer un plan

-          subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général : le dirigeant doit les concilier

-          un système de rémunération équitable : pour satisfaire l’employeur et les salariés

-          la centralisation de l’autorité : le dirigeant doit assumer ses responsabilités

-          la chaîne hiérarchique : les unités de commandement sont imbriquées

-          la stabilité du personnel

-          l’ordre matériel et moral : une place pour chacun et chacun à sa place

-          l’équité : l’entreprise est un lieu de justice sociale

-          l’initiative dans la conception et l’exécution du plan

-          l’esprit de corps : union du personnel pour atteindre les buts

 

Fayol combine donc à la fois des principes d’organisation et d’autorité pour décrire le fonctionnement d’une entreprise.

Cette liste n’est pas exhaustive. De plus, les principes ne sont pas d’application absolue.

 

  • Une approche simple et générale

Cette vision du rôle des managers est à la fois trop générale et trop descriptive : l’étude classique de Mintzberg sur ce que font réellement les dirigeants montre que les idées de Fayol ne sont plus réalistes. Ce dernier privilégie une approche morale et normative de la fonction administrative de l’entreprise.

Fayol propose une théorie sensiblement éloignée de celle de Taylor : pour celui-ci ce sont les rapports de production qui définissent le fonctionnement des organisations. Fayol, au contraire, insiste sur l’autorité et le leadership comme fondements des organisations. Il critique notamment le rejet par Taylor du principe d’unité de commandement ou le contrôle strict du travail ouvrier.

Même si les recommandations de Fayol sont trop générales par rapport à la réalité du management, son approche reste résolument moderne : ses principes concernant la motivation du personnel sont encore à la base de la GRH actuelle. L’initiative et la compétence sont clairement mises en valeur comme facteurs de réussite pour l’organisation.

Fayol est un précurseur : il définit le premier la fonction de direction de l’entreprise et la distingue clairement de l’activité de production. Son ouvrage systématise l’activité de gestion, depuis Fayol ses principes peuvent s’appliquer à n’importe quelle organisation, privée, publique, industrielle ou commerciale …

La théorie de Fayol s’inspire de ses observations pratiques mais elle a pour but de poser les fondations d’une réelle science de gestion. L’administration peut s’apprendre.

Etrangement, ce sont des auteurs anglo-saxons qui ont popularisé sa pensée. Selon Laurent Dehouck, cela s’explique sans doute par sa forte critique de l’enseignement français et en particulier des grandes écoles. Pour Jean-Louis Peaucelle, c’est plus lié aux contingences historiques : la guerre de 1914 a démontré leur rôle essentiel de l’effort de production (défendu par Taylor) plutôt que celui d’une direction générale efficace.

 

Références :

FAYOL, Henry : Administration industrielle et générale, Dunod, 1999

FRIEDMANN, Georges : Problèmes humains du machinisme industriel, Gallimard, 1946

FRIEDMANN, Georges : Où va le travail humain ?, Gallimard, 1950

FRIEDMANN, Georges : Le travail en miettes, Gallimard, 1956

MINTZBERG, Henry : Le manager au quotidien: les dix rôles du cadre, Editions d’Organisation, 2006

PEAUCELLE, Jean-Louis : Henri Fayol et la guerre de 1914, Revue Française de Gestion, 2001

PEAUCELLE, Jean-Louis dir. : Henry Fayol, Inventeur des outils de gestion, Economica, 2003

TAYLOR, Frederick : Principes d’organisation des usines, Dunod, 1912

TAYLOR, Frederick : La direction scientifique des entreprises, Dunod, 1957

TAYLOR, Frederick : Organisation du travail et économie des entreprises, Editions d’Organisation, 1994

20:36 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Organisations |  Facebook | | |

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