15/11/2011

La politique monétaire

Domaine plus spécialisé que la politique budgétaire : objectifs plus ciblés.

Mais les débats sont également très vifs car elle concerne la monnaie (rappel).

 

  • De la monnaie à l’inflation

L’innovation financière a dépassé l’approche monétaire par les agrégats.

Les banques centrales influencent la quantité de monnaie en circulation dans l’économie par le biais du taux d’intérêt. Les taux varient en fonction de l’horizon des dettes. Une banque centrale fixe le taux directeur càd celui des opérations courantes, quotidiennes.

La monnaie joue sur le pouvoir d’achat : l’inflation peut réduire la valeur de la monnaie. C’est pourquoi il faut tenir compte du taux d’intérêt réel (taux nominal moins inflation anticipée).

Pour mesurer l’inflation, on calcule un Indice des prix à la consommation : c’est un panier représentatif des biens consommés par les ménages.

Mais les IPC surestiment souvent les hausses de prix, c’est l’effet Boskin (1996) :

q  Il y a substitution entre produits ou entre points de vente

q  La qualité des produits s’améliore

q  Des innovations sont introduites sur les marchés

Au contraire, aujourd’hui, l’IPC ne correspond pas à la perception des consommateurs.

L’inflation optimale n’est ni trop élevée (elle nuit à la croissance) ni trop faible :

q  Trappe à liquidité (Keynes) ex : Japon

q  Rigidité des prix et des salaires à la baisse (Akerlof, Dickens & Perry 1996)

Il existe une relation négative à court terme entre inflation et chômage (Phillips) mais à long terme le chômage tend vers le NAIRU.

 

  • L’évolution du rôle des Banques centrales

Les banques centrales jouaient simplement le rôle de banques de l’Etat : l’importance de la monnaie pour la souveraineté a poussé les Etats à confier de nouvelles prérogatives à cet interlocuteur unique. Ex : privilège de la création de monnaie

A partir de la crise de 1929, la conception du rôle des banques centrales est réévaluée : Keynes considère que l’action sur le taux d’intérêt est un des moyens de relancer la demande globale. C’est l’invention de la politique monétaire : on augmente la masse de monnaie en circulation ce qui réduit les taux d’intérêt et accroît la demande.

L’analyse de Phillips (1958) confirme l’intérêt de cette approche pour réduire le chômage.

Mais remise en question : la monétisation du déficit donne un pouvoir exorbitant aux Etats, elle favorise la spirale inflationniste, les agents anticipent la politique monétaire + la crise.

Q : un consensus peut-il émerger sur la politique monétaire ?

 

 

I] Analyses théoriques de la politique monétaire

La politique monétaire peut agir sur l’économie si on sort du cadre classique de neutralité de la monnaie : Lucas (1996) considère en effet que la monnaie est neutre, c’est à dire que la théorie quantitative de la monnaie traduit la vitesse de circulation de la monnaie adaptée à l’économie.

Dès lors, la vision de Friedman (1963) est confirmée : l’inflation est un phénomène monétaire

 

  • Les rigidités

Si on considère que les prix et les quantités ne s’ajustent pas immédiatement, on estime qu’ils sont rigides. Dans cette optique, le niveau du taux d’intérêt va inciter les agents à détenir ou non de la monnaie. En situation de sous-emploi, la politique monétaire permet de baisser le taux d’intérêt et de favoriser l’investissement puis la consommation.

Les rigidités peuvent s’expliquer de plusieurs manières :

-          elles découlent d’une information imparfaite : Lucas (1972). Les agents augmentent leur offre quand le niveau des prix augmente. Erreur d’analyse du prix relatif.

-          elles découlent d’un ajustement échelonné : Taylor (1980). Les entreprises et leurs employés ont négocié des contrats de moyen terme qui ne sont pas immédiatement modifiés en cas de choc.

-          elles découlent de coûts de menu : Mankiw (1985). Les entreprises n’ajustent pas leurs prix en permanence.

 

  • Les canaux de transmission

La politique monétaire influence l’économie de quatre manières :

-          par le taux d’intérêt, elle a un effet multiplicateur sur l’investissement.

-          par le prix des actifs, elle crée un effet de richesse : la baisse du taux d’intérêt incite à acquérir des actions, des obligations ou des biens immobiliers.

-          par le crédit, elle facilite le financement de l’investissement : Bernanke & Gertler (1995) montrent que les banques prêtent plus facilement dans ce contexte.

Il faut donc que le secteur bancaire soit efficace pour utiliser ce canal.

-          par le taux de change, elle modifie la compétitivité prix avec l’extérieur.

 

  • La crédibilité des banques centrales et la stabilité financière

La politique monétaire est anticipée par les agents.

Elle est plus efficace si elle est discrétionnaire mais elle sera alors anticipée par les agents qui rendront son action inefficace : Barro & Gordon (1983) montrent que dans cette situation, la politique monétaire se contente de créer de l’inflation sans gains d’efficacité.

Pour être crédible, une banque centrale peut se forger une réputation. Ex : elle s’impose des règles contraignantes ou elle nomme un banquier central conservateur (averse à l’inflation).

Alesina & Summers (1993) considèrent que la crédibilité de la Banque centrale est liée à son indépendance du pouvoir politique en termes de lutte contre l’inflation.

Les Banques centrales s’assurent également que les institutions et les marchés financiers fonctionnent efficacement : c’est la stabilité financière.

Elles doivent éviter les phénomènes de paniques bancaires : Diamond & Dybvig (1983) qui entraînent des risques de contagion.

Elles édictent une réglementation prudentielle : éviter les risques excessifs.

Elles agissent comme prêteurs en dernier ressort.

 

 

II] Pratiques de politique monétaire

La politique monétaire repose sur plusieurs instruments :

-          les réserves obligatoires : obliger les banques à conserver des dépôts

-          les opérations d’open market : achat ou vente de titres monétaires

-          le taux de refinancement : taux directeur auquel elle prête aux banques

 

  • Les moyens d’action des banques centrales

Règle ou discrétion :

Svensson (2001) montre qu’il faut opposer les règles instrumentales (fonction de réaction de la Banque centrale) et les règles de ciblage (à horizon donné). Cela découle des indicateurs utilisés. Ex : le ciblage de l’inflation par les agrégats n’est pas efficace (sauf déflation).

Réactivité :

On oppose la Fed à la BCE. La Réserve fédérale réagit de manière forte et rapide aux fluctuations économiques en baissant ses taux. La BCE considère que son action renforcerait la volatilité des marchés, Artus & Wyplosz (2002).

Indépendance et responsabilité :

L’indépendance des banques centrales est garantie légalement et institutionnellement aux USA et en Europe. Pour Fitoussi (2002) cela peut réduire la responsabilité démocratique.

Certains pays ont choisi de se « lier les mains » sur le plan monétaire. Ex : le SME

De plus, les responsables des Banques centrales communiquent auprès d’institutions politiques et de la communauté financière. Ex : publicité des décisions

 

  • La politique monétaire et son influence sur l’économie

Politique monétaire et politique budgétaire :

Le policy mix suppose une coordination entre les deux politiques. Mais du fait de l’indépendance, elle n’est pas garantie. Ex : USA dans les années 80

Politique monétaire et prix des actifs financiers :

Les Banques centrales peuvent favoriser l’apparition de bulles (boursières ou immobilières).

Elles devraient prendre en compte les prix des actifs et de l’immobilier dans leurs politiques mais difficile sur le plan empirique … Ce qui entraîne un aléa moral.

Surveillance prudentielle :

Les Banques centrales consacrent des sommes très élevées pour éviter la propagation de crises bancaires. Ex : caisses d’épargne aux USA ou Crédit Lyonnais en France.

Du fait de leur rôle de prêteur en dernier ressort, les banques centrales favorisent une situation d’aléa moral. Mais cela se justifie par le risque systémique …

 

Conclusion :

La politique monétaire semble un sujet apaisé aujourd’hui, quasi-technique. Ex : gérer une zone hétérogène comme l’UEM.

C’est plutôt du côté du système financier que viennent les débats.

 

Références :

AKERLOF, George ; DICKENS, Williams & PERRY, George : The macroeconomics of low inflation, Brookings Papers on Economic Activity, 1996

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : Central Bank independence and macroeconomic performance, Journal of Money Credit and Banking, 1993

ARTUS, Patrick & WYPLOSZ, Charles : La banque centrale européenne, La Documentation française, 2002

BARRO, Robert & GORDON, David : Une théorie positive de la politique monétaire dans un modèle de taux naturel, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya &  MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1983

BERNANKE, Ben & GERTLER, Mark : Inside the black box, Journal of Economic Perspectives, 1995

BOSKIN, Michael dir. : Toward a more accurate measure of the cost of living, Senate Finance Committee, 1996

DIAMOND, Douglas & DYBVIG, Philip : Bank runs, deposit insurance and liquidity, Journal of Political Economy, 1983

FITOUSSI, Jean-Paul : La règle et le choix, Seuil, 2002

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : A monetary history of the United States, Princeton University Press, 1963

LUCAS, Robert : Expectations and the neutrality of money, Journal of Political Economy, 1972

LUCAS, Robert : Money neutrality, Journal of Political Economy, 1996

MANKIW, GREGORY : Des cycles des affaires importants pour des coûts de menu faibles, in BACACHE-BEAUVALLET, Maya &  MONTOUSSE, Marc dir. : Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1985

PHILLIPS, Alban : The relation between unemployment and the rate of change of money wage rates in the United Kingdom, Economica , 1958

SVENSSON, Lars : Inflation targeting, European Economic Review, 2001

TAYLOR, John : Aggregate dynamics and staggered contracts, Journal of Political Economy, 1980

22:01 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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