11/11/2011

Les mécanismes monétaires

La monnaie est constituée de l’ensemble des moyens de paiement dont disposent les agents économiques pour régler leurs transactions.

 

        Les fonctions de la monnaie

- c’est une unité de compte : elle permet de comparer les prix

- c’est un intermédiaire des échanges : elle est acceptée par les parties

- c’est un instrument de réserve : elle peut être conservée pour plus tard

L’économie monétaire permet de dépasser l’économie de troc où tous les biens peuvent servir à acquérir des biens. La monnaie marchandise a été progressivement abandonnée (même si elle existe dans certaines organisations SEL ou virtuelles).

 

        Les formes de la monnaie

- la monnaie divisionnaire : pièces métalliques

- la monnaie fiduciaire : billets acceptés par tous

- la monnaie scripturale : jeu d’écriture bancaire

On constate un processus de plus en plus marqué de dématérialisation monétaire : la monnaie dépendait à l’origine de la quantité de métal précieux contenue, elle dépend aujourd’hui d’une conception nominaliste basée sur la confiance que les agents portent dans la monnaie.

Ex : usage des chèques, virements ou monnaie électronique

 

        Les agrégats monétaires

La masse monétaire est calculée par regroupement des formes de monnaie dans des agrégats :

- M1 : ensemble des disponibilités monétaires (billets, pièces, dépôts à vue)

- M2 : M1 + placements à vue rémunérés, dépôts à terme

- M3 : M2 + titres financiers à court terme des institutions non financières

Les agrégats cherchent à regrouper des actifs homogènes en les classant par ordre de liquidité décroissante. Ils servent de base à la politique monétaire pour analyser la quantité de monnaie en circulation dans l’économie.

Mais les innovations financières et monétaires rendent difficile la classification de la masse monétaire.

Q : quels sont les principes de base d’une économie monétaire ?

 

 

I] La création monétaire

C’est le processus de création de nouveaux moyens de paiement mis à la disposition des agents économiques.

 

        Les crédits bancaires

Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle crée de la monnaie. Alors qu’à l’origine une banque prêtait simplement des fonds à partir des dépôts reçus, elle transforme à présent des créances en moyens de paiement. C’est la monétisation.

De ce fait, les moyens de paiement dont peuvent disposer les agents sont supérieurs aux encaisses métalliques ou aux billets en circulation dans l’économie. Cela explique le développement de la monnaie scripturale.

Le remboursement du crédit est de la destruction monétaire.

La création monétaire est assurée par trois catégories d’agents :

- les banques ordinaires : elles accordent des crédits aux particuliers, aux entreprises ou à l’Etat (Trésor Public) en contrepartie d’une créance ; elles convertissent des devises.

- la Banque centrale : elle crée la monnaie fiduciaire ; elle crée de la monnaie scripturale au profit des banques en échange de leurs créances (réescompte) ; elle crée de la monnaie scripturale au profit du Trésor public en contrepartie d’une créance ; elle acquiert des devises.

- le Trésor public : il crée la monnaie divisionnaire ; il peut créer de la monnaie scripturale (ex : CCP).

 

        Les limites de la création monétaire

Comme la création monétaire repose sur le fait que l’on prête des sommes qui ne sont pas disponibles en dépôt, la conversion monétaire est impossible pour tous les agents. C’est pourquoi la réglementation bancaire prévoit l’existence de réserves obligatoires en contrepartie des crédits accordés : cela influence l’offre de crédits.

Les règlements entre banques ordinaires s’effectuent au moyen de la monnaie banque centrale. La compensation entre les monnaies scripturales rend nécessaire l’existence d’un compte approvisionné auprès de la Banque centrale : c’est la liquidité bancaire. Cette base monétaire est la capacité des banques de faire face à une demande de remboursement de billets.

L’augmentation de la monnaie banque centrale entraîne une augmentation plus importante de la masse monétaire : c’est le multiplicateur de crédit. Les banques ordinaires peuvent offrir plus de crédits.

La Banque centrale est donc le prêteur en dernier ressort : c’est l’institution qui garantit la fourniture de liquidités aux agents économiques quelles que soient les circonstances.

 

 

II] Les théories monétaires

La question de la monnaie anime plusieurs débats économiques.

 

        Les classiques et les néoclassiques considèrent que la monnaie est neutre

Elle ne sert qu’à effectuer des transactions, elle détermine donc le niveau général des prix.

Pour Mill ou Ricardo, il y a dichotomie entre les sphères réelle et monétaire : la vitesse de circulation de la monnaie est constante. Toute variation de la monnaie entraîne une augmentation du niveau général des prix (inflation).

Pour Say, il existe un « voile monétaire » puisque l’offre de monnaie crée sa propre demande.

Pour Walras (1886), la monnaie est un bien comme les autres soumis à la loi de l’offre et de la demande : la masse de monnaie influence le niveau des prix mais ne modifie pas les conditions de l’équilibre concurrentiel (réel).

Fisher (1911) généralise cette analyse en formulant la théorie quantitative de la monnaie : la masse monétaire multipliée par sa vitesse de circulation est nécessairement égale au niveau des prix multiplié par la somme des transactions (MV = PT).

Pigou (1943) introduit le rôle de la monnaie dans l’optique néoclassique : la monnaie fait partie du patrimoine des agents, les variations de prix dues à la monnaie poussent les agents à consommer (plus ou moins) en fonction de la modification du pouvoir d’achat, ce qui rétablit l’équilibre. C’est l’effet d’encaisses réelles.

Patinkin (1956) confirme cette analyse dans une optique d’équilibre général.

 

        Les keynésiens estiment que la monnaie joue un rôle essentiel dans l’économie réelle

Pour Keynes, il existe trois motifs de détention de la monnaie :

- motif de transaction : pour échanger

- motif de précaution : pour faire face aux dépenses imprévues

- motif de spéculation : pour gagner plus, plus tard (thésaurisation)

Les motifs de transaction et de précaution dépendent du revenu des agents (analyse classique) mais le motif de spéculation dépend du taux d’intérêt. La monnaie n’est donc pas neutre : elle peut être détenue comme placement.

Baumol (1952) montre que la détention de monnaie dépend à la fois du taux d’intérêt, du montant des transactions et des frais de conversion.

Tobin (1958) en déduit que les agents vont donc constituer un portefeuille diversifié comportant de la monnaie et des actifs financiers pour minimiser les risques.

 

        Les monétaristes vont reformuler la théorie quantitative de la monnaie

Friedman considère que la demande de monnaie dépend essentiellement du revenu permanent, et résiduellement du taux d’intérêt et du niveau général des prix.

Les monétaristes estiment que la théorie quantitative de la monnaie est validée à long terme.

Friedman & Schwartz (1963) considèrent que l’inflation est nécessairement un phénomène monétaire : les fluctuations de la masse monétaire précèdent les fluctuations réelles. De plus ils établissent une relation stable entre masse monétaire et prix à long terme.

L’influence de la masse monétaire sur l’économie réelle n’est valable qu’à court terme. Les agents finiront par adapter leurs anticipations et comprendre que l’augmentation de la masse monétaire n’entraîne pas d’augmentation de richesse mais de l’inflation.

 

 

Conclusion :

Les principes de la politique monétaire : la Banque centrale doit réguler la création monétaire. Ses interventions doivent poursuivre trois objectifs : la croissance de la masse monétaire (niveau des prix), le niveau des taux d’intérêt (coût des capitaux) et la stabilité du taux de change (échange entre monnaies étrangères)

 

Références :

BAUMOL, William : The transaction demand for cash, Quarterly Journal of Economics, 1952

FISHER, Irving : Le pouvoir d’achat de la monnaie, Marcel Giard, 1911

FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : A monetary history of the United States, Princeton University Press, 1963

FRIEDMAN, Milton : Inflation et systèmes monétaires, Calmann Levy, 1968

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

LONGUET, Stéphane dir. : Les classiques de l’économie, Presses Pocket, 1991

PANTINKIN, Don : La monnaie, l’intérêt et les prix, Puf , 1956

PIGOU, Arthur Cecil : The Classical Stationary State, Economic Journal, 1943

TOBIN, James : Liquidity preference as behavior towards risk, Review of Economic Studies, 1958

WALRAS, Léon : Théorie de la monnaie, in Etudes d’économie politique appliquée, Economica, 1886

21:22 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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