11/11/2011

Le financement de l'économie

        Le mécanisme du financement

C’est la rencontre de deux agents :

- ceux qui ont un besoin de financement

- ceux qui ont une capacité de financement

L’économie repose sur le principe qu’il existe un décalage dans le temps entre les dépenses et les recettes.

Ex : achat d’une maison pour un particulier ou acquisition de machines pour une entreprise

Comme les agents qui ont un besoin de financement ne disposent pas nécessairement des sommes en réserve, ils doivent faire appel à d’autres.

Les ressources ainsi obtenues sont des crédits. L’emprunteur s’engage à rembourser une somme en y ajoutant des intérêts.

Tous les agents peuvent être amenés à emprunter pour financer un besoin : il faut donc des capitaux.

Le besoin de financement doit rencontrer une capacité de financement : si une personne ne dispose pas des fonds qu’elle souhaite investir, il faut qu’un autre agent dispose d’une épargne qu’il ne souhaite pas utiliser pour lui même.

En général, les ménages disposent de capacités de financement et les entreprises dégagent des besoins de financement. L’épargne des ménages sert donc à fournir des capitaux pour investir.

 

        L’accroissement des besoins de financement

Mais les besoins des économies développées actuelles ne peuvent reposer simplement sur l’épargne des ménages. Les besoins de financement sont supérieurs aux capacités de financement de l’économie.

Pour se financer, les agents peuvent faire appel à l’épargne des autres pays ou obtenir un crédit par création monétaire auprès d’une banque.

On considère donc qu’existent deux sources de financement de l’économie :

- le financement non monétaire : utilisation de l’épargne

- le financement monétaire : utilisation de la création monétaire

Distinction difficile à apprécier en pratique (l’épargne est collectée).

Les circuits de financement passent donc par les banques (mettent en relation prêteurs et emprunteurs) ou par les marchés de capitaux (rencontre directe entre offre et demande).

Q : quelles sont les grandes évolutions dans le financement de l’économie ?

 

 

I] L’économie d’endettement

 

        Le financement de l’économie par crédit bancaire.

Le financement des opérations économiques est donc intermédié.

Ce mode de financement s’est largement répandu en Europe au cours des Trente glorieuses.

La reconstruction nécessitait un investissement très lourd et les européens ne disposaient pas d’une épargne suffisante pour en couvrir le coût.

L’intermédiation bancaire peut être pilotée par l’Etat. C’est le cas en France.

Ainsi la création de la Banque de France est d’abord sollicitée par le pouvoir (Napoléon en 1800) avant sa nationalisation en 1945. La plupart des banques de dépôt seront également nationalisées.

Le système de Bretton Woods avec des changes fixes permet aux Etats de contrôler les mouvements de capitaux. La France réglemente l’épargne.

 

        L’économie intermédiée suppose des conditions sociales favorables

La réticence face au papier monnaie n’a pas favorisé le développement des banques en France. Il faut attendre l’industrialisation de l’économie pour voir apparaître des établissements tels que le Crédit Industriel et Commercial (1859), le Crédit Lyonnais (1863) ou la Société Générale (1864).

En Allemagne, Aglietta & Orlean (2002) expliquent que la période d’hyperinflation de 1921-23 découle des rapports sociaux conflictuels entre les citoyens. (La monnaie peut être signe de confiance ou source de violence).

L’intermédiation bancaire caractérise le modèle de croissance allemand : les relations entre banque et industrie permettent de réguler l’investissement par des engagements stables et de longue durée. On parle du capitalisme rhénan, Albert (1991).

En 1974, les investissements financés par les banques en France représentaient 60 % du total.

 

        Limites de l’économie d’endettement

Mais l’économie d’endettement souffre de plusieurs limites :

- pour être viable, il faut que la rentabilité des investissements dépasse le taux d’intérêt. Sinon les agents sont dans l’incapacité de rembourser leurs prêts. L’économie d’endettement est donc tributaire de la croissance.

- l’économie d’endettement se développe parallèlement à l’inflation : les agents sont incités à s’endetter d’autant plus que l’inflation accélère.

- l’intervention de l’Etat dans l’économie peut se traduire par une augmentation de l’endettement public. Cela entraîne un effet d’éviction : le financement des entreprises est réduit au profit de celui de l’Etat.

 

 

II] L’économie de marché financier

Distinction entre économie d’endettement et économie de marché financier est introduite par Hicks (1974) : si l’épargne suffit ou non à assurer les besoins de financement de l’économie.

 

        Une évolution historique

A partir des années 80, les effets pervers de l’économie d’endettement sont tels que les marchés financiers deviennent progressivement la meilleure manière de faire coïncider l’offre et la demande de capitaux.

Plusieurs facteurs sont à l’origine d’une mutation financière : pour Bourguinat (1992) c’est la règle des trois « D ».

- désintermédiation : les marchés remplacent les banques pour obtenir du financement

- déréglementation : les règles concernant l’épargne et l’investissement sont assouplies

- décloisonnement : les marchés et les intermédiaires sont de plus en plus intégrés

D’autres éléments ont joué dans la même direction :

- la fin du système de changes fixes de Bretton Woods en 1973

- la politique monétaire restrictive (désinflationniste) des USA à partir de 1979

- la globalisation financière

La finance de marché s’est fortement développée, mais l’intermédiation financière n’a pas disparu : les banques jouent toujours un rôle essentiel (collecte d’épargne, détention de titres, crédits aux PME …).

 

        Conséquences du développement de l’économie de marché financier

Pour l’Etat, l’économie de marché financier permet de financer les déficits sans créer d’inflation. (L’Etat peut également privatiser des entreprises publiques).

Pour les ménages, cela permet de diversifier les placements.

Pour les entreprises, l’économie de marché financier facilite la restructuration : l’introduction en bourse permet de lever des capitaux ; les fusions acquisitions permettent de mettre en place des stratégies de croissance … (Attention à la théorie de l’agence).

Pour les intermédiaires financiers, cela a modifié leur rôle : l’épargne collectée sert à offrir des capitaux sur les marchés financiers.

 

 

III] La globalisation financière

Le développement des marchés de capitaux a modifié les circuits de financement de l’économie : l’ouverture internationale des marchés aux mouvements de capitaux caractérise la globalisation financière.

 

        Le nouveau capitalisme

Pour Plihon (2001) ce nouveau capitalisme consacre le passage de la stakeholder value à la shareholder value : l’objectif essentiel pour la gestion des entreprises est la création de valeur pour les actionnaires.

L’internationalisation des mouvements de capitaux se traduit par des opérations de financement transfrontalières, Batsch (2002) : fusions entre sociétés étrangères, investisseurs institutionnels internationaux, financement des déficits publics ou des déséquilibres commerciaux …

 

        La globalisation financière entraîne une globalisation des risques

Pour Aglietta (1995) les agents individuels maîtrisent de plus en plus les risques de leurs placements, ce qui déporte les risques au niveau agrégé vers la crise systémique.

Comme les agents ont intérêt à avoir un comportement mimétique (moutonnier par rapport aux évaluations du marché) cela peut favoriser l’apparition de bulles spéculatives (Orléan, Shiller). On achète un titre en anticipant la hausse rapide de son prix afin de le revendre avec une plus value.

Quand une information met un terme à la spéculation, le mimétisme des agents déclenche une crise: les agents cèdent leurs titres au plus vite. Cela entraîne une chute rapide et brutale des cours boursiers. Ex : krach de 1987, bulle « Internet » de 2000 …

 

 

Conclusion :

La sphère financière de l’économie est de plus en plus complexe (voir les chapitres suivants).

Le financement de l’économie peut à la fois favoriser la croissance et la fragiliser.

 

 

Références :

AGLIETTA, Michel : Macroéconomie financière, La Découverte, 1995

AGLIETTA, Michel & ORLEAN, André : La monnaie entre violence et confiance, Odile Jacob, 2002

ALBERT, Michel : Capitalisme contre capitalisme, Seuil, 1991

BATSCH, Laurent : Le capitalisme financier, La Découverte, 2002

BOURGUINAT, Henri : Finance internationale, Puf, 1992

HICKS, John : La crise de l’économie keynésienne, Fayard, 1974

ORLEAN, André : Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999

PLIHON, Dominique : Le nouveau capitalisme, La Découverte, 2001

SHILLER, Robert : Exubérance irrationnelle, Valor, 2000

21:25 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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