07/11/2011

Economie et géographie

Les rapports entre ces deux sciences ont été peu abordés par l’économie néo-classique.

La géographie est la science qui étudie et décrit la Terre à sa surface, en tant qu’habitat de l’homme et de tous les organismes vivants.

C’est une tendance qui existe également dans les autres sciences sociales, de prendre la géographie physique comme une donnée, le terrain sur lequel évoluent les individus.

Cette remarque peut être étendue à la question du temps, qui est fortement simplifiée dans le triptyque microéconomie-macroéconomie-économétrie.

 

·         La géographie, clé d’entrée détournée de l’analyse économique

Les travaux sur la croissance économique ont reformulé une intuition d’Alfred MARSHALL sur le rôle des villes dans la construction de l’espace marchand : les districts industriels.

Les concentrations industrielles favorisent la réduction des coûts et l’accroissement des rendements d’échelle.

Ainsi Paul ROMER fait l’assimilation entre espace et distance pour favoriser le calcul. Il en tire deux conclusions :

- l’apparition des industries est endogène

- la localisation est exogène, elle découle de l’attraction

C’est le fondement de travaux d’économie ayant une composante spatiale : l’économie du logement, l’économie du pétrole, l’économie des transports ou l’économie des infrastructures …

 

·         L’économie, clé d’entrée détournée de la géographie

La géographie humaine, sociale a pris comme point de départ les rapports de production, d’échange et de consommation pour proposer une réflexion sur les territoires.

L’auteur emblématique de cette approche est le géographe français d’inspiration marxiste, Pierre GEORGES, qui publiera le premier manuel dans cette logique (1956). L’analyse classique repose sur les trois secteurs de l’économie : primaire, secondaire et tertiaire mais dans une perspective essentiellement descriptive.

Aujourd’hui renouvellement par le géographe anglais David HARVEY qui formule une véritable géographie du capitalisme reliant les questions spatiales et les luttes politiques : l’impérialisme, les délocalisations …

L’autre approche est celle mise en avant par Paul CLAVAL, qui réalise une œuvre de « traduction » des recherches économiques par la géographie, voir ses chroniques (2005). La logique est celle d’un dialogue entre les deux sciences, autour d’une idée fondamentale : il faut tenir compte des agents économiques pour comprendre les évolutions géographiques. Ex : le rôle des transports ou des télécommunications …

Vision assez proche de l’anthropologie économique.

 

 

I] La géographie économique

·         Les districts industriels

A partir du constat d’agglomération d’activités économiques (l’idéal type de la Silicon Valley) Allen SCOTT considère que l’émergence des pôles productifs découle d’une division sociale du travail :

- les pôles facilitent les transactions entre les acteurs d’un espace de production

- les pôles facilitent les relations entre opérateurs économiques

- le pouvoir politique joue un rôle d’encadrement de cette dynamique géographique

Scott constate que cela favorise une spécialisation flexible des pôles économiques.

Travaux empiriques dirigés par le géographe Georges BENKO et l’économiste Alain LIPIETZ sur les dynamiques régionales illustrent cette approche.

 

·         Les réseaux

Ils forment la dimension spatiale d’une forme de régulation des rapports entre unités de production et organisation de ces rapports. Ex : hiérarchie, sous-traitance, partenariat, rôle des pouvoirs publics

Les réseaux formés présentent un intérêt essentiel : les relations inter-entreprises sont plus efficaces que les simples transactions marchandes.

Logique des analyses des ingénieurs économistes Pierre VELTZ (1996) ou Laurent DAVEZIES (2008) qui relient les logiques productives aux organisations régionales.

L’économie des conventions a également approfondi la réflexion sur les réseaux socio-économiques. L’économiste Robert SALAIS et le géographe Michael STORPER (1993) montrent l’évolution de la dynamique économique vers un renouvellement et une diversité toujours plus grande de la production. Cela implique une variété des modes de production découlant d’une adaptation des acteurs économiques aux régions et aux nations afin de fournir une identité aux produits.

 

·         Les métropoles

La géographie économique cherche à relier les villes et la transformation des systèmes productifs.

Le géographe John FRIEDMANN (1986) montre la hiérarchie urbaine mondiale en analysant la localisation des sièges sociaux et des centres de décision des grandes organisations (entreprises, administrations internationales) et fait apparaître la notion de « ville mondiale ». Ce sont les lieux où se déroulent les transactions économiques les plus importantes.

Cela recoupe les réflexions de la sociologue Saskia SASSEN sur la ville globale (1991) où cohabitent, dans une logique duale, les élites économique et politique et les inégalités, la pauvreté, l’insécurité. Conséquence géographique caractéristique de la globalisation (2007).

 

 

II] L’économie géographique

·         L’espace dans la pensée économique

Ouvrage de référence de l’économiste Pierre DOCKES (1969) sur les liens entre espace et économie du XVIe au XVIIIe siècle. Fait apparaître trois caractéristiques :

- l’organisation de l’espace national par le pouvoir politique

- les nouveaux modes d’occupation de l’espace : sol, industrie, transports …

- la construction d’une économie spatiale. Ex : l’opposition entre mercantilistes et libéraux

Mais cette perspective met d’autant plus en valeur le fait que l’économie politique classique était ouverte à la question de l’espace alors que la science économique issue de la révolution néo-classique en réduit la portée.

 

·         La localisation de l’entreprise

Volonté d’établir les règles qui peuvent expliquer économiquement le fait que des villes apparaissent par agglomération de producteurs.

Les travaux de base sont à la frontière entre géographie et économie et sont formulés par Alfred WEBER (1909), Walter CHRISTALER (1933) et Auguste LOSCH (1940) qui marquent les débuts de l’économie spatiale.

Le postulat est que les villes sont des lieux centraux dont la position et l’influence sur les producteurs ou les marchés sont liés aux coûts de transport. Cette vision est à l’origine de la concurrence spatiale monopolistique proposée par Harold HOTELLING (1929).

 

·         La nouvelle économie géographique

Utilise les apports de la nouvelle microéconomie dans une perspective d’économie internationale. Ouvrage emblématique de Paul KRUGMAN (1991) sur la géographie et le commerce.

La nouvelle économie géographique mobilise deux grands arguments :

- la concurrence monopolistique

- les rendements d’échelle

Ces deux facteurs permettent d’influencer la taille du marché, et expliquent la logique d’ouverture commerciale mondiale. Comme le capital et le travail qualifié sont les facteurs les plus mobiles, on peut expliquer la localisation massive d’activités économiques dans certains lieux. C’est l’effet d’agglomération : il y a augmentation de la variété des produits, cela favorise les migrations et cela réduit les coûts de transport … Reste le problème des inégalités.

 

 

Références bibliographiques :

BENKO, Georges & LIPIETZ, Alain dir. : Les régions qui gagnent, Puf, 1992

BENKO, Georges & LIPIETZ, Alain dir. : La richesse des régions, Puf, 2000

CHRISTALLER, Walter : The central places of Southern Germany, Prentice Hall, 1933

CLAVAL, Paul : Eléments de géographie économique, Génin, 1976

CLAVAL, Paul : Chroniques de géographie économique, L’Harmattan, 2005

DAVEZIES, Laurent : La République et ses territoires, Seuil, 2008

DOCKES, Pierre : L’espace dans la pensée économique, Flammarion, 1969

FRIEDMANN, John : The world city hypothesis, Development & Change, 1986

GEORGES, Pierre : Précis de géographie économique, Puf, 1956

HARVEY, David : Le nouvel impérialisme, Les Prairies Ordinaires, 2003

HARVEY, David : Géographie et capital, Syllepses, 2010

HOTELLING, Harold : Stability in competition, Economic Journal, 1929

KRUGMAN, Paul : Geography and trade, MIT Press, 1991

LOSCH, Auguste : The economics of location, Yale University Press, 1940

MARSHALL, Alfred : Industry and trade, University Press of the Pacific, 1920

ROMER, Paul : Rendements croissants et croissance à long terme, Idées, 1986

ROMER, Paul : Progrès technique endogène, Annales d’Economie et de Statistiques, 1990

SASSEN, Saskia : The global city, Princeton University Press, 1991

SASSEN, Saskia : La globalisation, une sociologie, Gallimard, 2007

SALAIS, Robert & STOLPER, Michael : Les mondes de production, Editions de l’EHESS, 1993

SCOTT, Allen : Technopolis, University of California Press, 1993

SCOTT, Allen : Les régions et l’économie mondiale, L’Harmattan, 1997

VELTZ, Pierre : Mondialisation, villes et territoires, Puf, 1996

WEBER, Alfred : The theory of the location of industries, University of Chicago Press, 1909

20:52 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.