05/11/2011

Peut-on repenser la macroéconomie ?

Bien que cette question ne soit pas réellement d'actualité, puisque cela fait tout de même de nombreuses années que la macroéconomie ne se contente pas d'être une extension de la théorie microéconomique (agrégée) -les travaux post-keynésiens ou régulationnistes en sont des exemples éclatants- il faut souligner le retour de la question d'une "autre" macroéconomie dans le contexte de crise économique.

Cette crise n'est bien sûr pas qu'un phénomène réel de ralentissement de la croissance, elle est un formidable moment intellectuel de remise en cause de l'évolution de la pensée économique. Dans un article du Journal of the European Economic Association, revue prestigieuse et reconnue, Joseph Stiglitz propose une critique sévère des carences de la théorie macroéconomique récente. C'est en anglais, c'est très lisible et c'est ici : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1542-4774.20...

J'insiste sur le fait que c'est bien un article d'une revue savante et pas une tribune dans la presse ou un de ces livres coup de poing (plus ou moins fort le coup de poing) auxquels nous avait habitué M. Stiglitz. En effet, dans la presse anglo-saxonne le débat fait rage à coup d'éditoriaux sanglants sur l'éternelle question de l'existence d'une macroéconomie keynésienne i.e. où les dépenses de l'Etat ont un effet multiplicateur ... Robert Barro dans le Wall Street Journal pour le camp conservateur estime que la théorie de Keynes est fausse car non rigoureuse ; Paul Krugman pour le camp libéral (au sens anglo-saxon, soit progressiste) dans le New York Times présente la théorie néo-classique comme rigoureusement ... fausse !

La tribune de Barro est en accès payant, mais la réponse de Krugman est lisible ici : http://krugman.blogs.nytimes.com/2011/08/25/irregular-eco...

Le papier de Stiglitz est moins tranché, quoiqu'il formule une critique sévère des modèles d'équilibre général macroéconomique qui reposent sur des principes mathématiques élégants et analytiquement logiques (cycles réels, anticipations rationnelles, équilibre général ...). Pour l'auteur le problème essentiel est que ces modèles n'ont pas su analyser la crise économique radicale que nous vivons : ni la prévoir, ni en estimer les conséquences. La macroéconomie a trop focalisé sur la lutte contre l'inflation et pas suffisamment sur les imperfections des marchés. Cet article reste toutefois une "lecture", c'est à dire une prise de position par une personne autorisée ; mais il marque enfin l'arrivée du débat dans les cénacles dominants de l'économie.

19:00 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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