16/10/2011

La croissance

• Une approche quantitative de l’évolution économique.

Reflet de l’augmentation de la production à long terme de l’économie.

On distingue la croissance de l’expansion qui n’est qu’une augmentation conjoncturelle.

On associe traditionnellement la croissance et le développement : ce sont les transformations des structures économiques et sociales qui découlent de la croissance.

Ex : niveau de vie, urbanisation, éducation …

La croissance n’est pas liée au progrès : les changements ne sont pas nécessairement positifs.

Comme la croissance est quantitative, il faut pouvoir la mesurer.

Il faut adopter une période de référence : c’est une année en principe. (Attention aux précautions à prendre dans l’évolution d’une variable : évolution moyenne, alternance augmentation/diminution …)

On utilise traditionnellement le PIB, produit intérieur brut, ou le PNB, produit national brut : c’est la somme des valeurs ajoutées créées par les entreprises sur un territoire ou provenant d’un pays. (Il faut tenir compte du couple mondialisation de l’économie / nationalité d’une entreprise).

 

• Les limites des indicateurs de richesse

Comme tout indicateur quantitatif, il comporte de nombreuses limites :

- il ne prend pas en compte le travail domestique

- il ignore l’économie souterraine

- il faut corriger la hausse des prix

- les nuisances ne sont pas prises en considération : la pollution accroît le PIB

C’est pourquoi d’autres indicateurs existent : le plus répandu étant l’IDH, utilisé par l’ONU.

Il prend en compte : l’espérance de vie, le taux d’alphabétisation et le niveau de vie (PIB réel par habitant). Pour une synthèse des recherches sur les nouveaux indicateurs de richesse, voir Gadrey & Jany-Catrice (2007)

Le problème de fond est qu’il est extrêmement difficile de comparer les PIB des pays : les comptabilités nationales sont diverses, la fiabilité des statistiques également (ex : Chine), la valeur des monnaies nationales modifie l’analyse …

De plus, les biens produits évoluent dans le temps : les comparaisons temporelles sont à manier avec précaution surtout pour les longues durées.

Enfin, le PIB est un variable globale. Si on veut utiliser le PIB par habitant, on risque de négliger les fortes différences de revenu.

Bref, utiliser la croissance avec précaution ! De plus c’est un phénomène récent (Maddison).

Q : la croissance est elle une bonne chose ?

 

 

I] La contribution du travail à la croissance

C’est l’ensemble des capacités physiques et intellectuelles mises en œuvre pour produire les biens et les services nécessaires à la satisfaction des besoins.

Soit on utilise plus de travail, soit on l’utilise mieux.

 

• Augmentation de la quantité de travail

Le volume de travail dépend de la population active : càd de l’ensemble des personnes qui exercent un emploi ou qui en cherchent un (actifs occupés et chômeurs).

Si cette population augmente, la production peut augmenter.

Mais la durée de vie active n’augmente pas autant que l’espérance de vie : les études peuvent être longues, les départs à la retraite ne sont pas repoussés …

La population active dépend donc des grandes évolutions démographiques : baby boom après la guerre, vieillissement actuel, immigration (blocage depuis 1974), féminisation (taux d’activité augmente fortement) …

Le volume de travail dépend également de la durée du travail : càd des heures de travail effectuées par les actifs. On distingue la durée légale et la durée effective du travail. La quantité d’heures travaillées par habitant est un des déterminants de la croissance.

En fonction des secteurs, on constate de fortes différences (ex : transports).

Dans les pays développés, le temps de travail a tendance à se réduire : il faut de moins en moins de temps pour produire des biens équivalents, ou un même niveau de richesse. De plus, les mesures légales visant à réduire le temps de travail se sont développées (ex : en France de 12h par jour en 1848 aux 35h hebdomadaires en 2000).

 

• Augmentation de la qualité du travail

C’est la prise en compte de la productivité des travailleurs (voir « Le marché du travail »).

La productivité est le rapport entre le volume de production réalisé et la volume de travail nécessaire pour cette production.

Pour les comparaisons, on utilise le plus souvent la productivité horaire : rapport entre valeur ajoutée et nombre d’heures travaillées.

Comme les biens produits présentent des différences (notamment aux yeux des consommateurs) le plus souvent la productivité repose sur la valeur ajoutée produite en fonction des effectifs employés.

La réduction des écarts de productivité entre les pays développés au cours des 30 glorieuses ou leur augmentation récente (au profit des USA) est vue comme un des déterminants de la croissance.

En effet la productivité dépend de la qualification des travailleurs (capital humain), de leur expérience … Les caractéristiques démographiques de la population sont donc importantes (âge ou sexe), de même que les aspects sectoriels : certaines activités ont une forte valeur ajoutée. Dans une économie de services, la productivité ne peut pas augmenter indéfiniment.

 

 

II] La contribution du capital à la croissance

Comme les évolutions du travail se font sur le long terme, il est nécessaire que le facteur capital soit également modifié pour accroître la production.

 

• Du capital à l’investissement

Il faut prendre en compte le capital technique, càd le capital fixe (moyens de production) et le capital circulant (stocks). Ces équipements permettent de produire plus et mieux.

Il reste difficile d’analyser la productivité du capital. Comme pour le travail, la productivité est le rapport entre le volume de production réalisé et la volume de capital nécessaire pour cette production. Mais on ne prend pas tout le capital en compte (ex : pas les bâtiments).

On se base donc sur d’autres notions telles que le progrès technique, l’expérience, l’innovation.

C’est donc à partir de l’investissement qu’on constate une augmentation du capital : acquisition de biens durables destinés à être utilisés pendant au moins 1 an pour produire des biens et des services.

Il est donc nécessaire de retrancher l’amortissement des investissements pour mesurer réellement la contribution du capital. (voir « L’investissement »)

Comme le capital augmente plus fortement que la population active, on considère que c’est un facteur essentiel de la croissance.

 

• Les analyses empiriques et le « résidu » de la croissance

D’où les études empiriques quantitatives pour mesurer la contribution respective des facteurs :

- Denison (1967) étudie les USA et l’Europe de 1950 à 1962

- Carré Dubois & Malinvaud (1972) étudient la France de 1951 à 1969

Font apparaître une contribution inexpliquée à la croissance …

 

 

III] Les sources de la croissance économique

Sur un plan théorique on distingue deux temps de l’analyse économique de la croissance.

 

Analyses keynésiennes et classiques

Les keynésiens Harrod (1939) & Domar (1947) estiment que la croissance ne peut pas être équilibrée : du fait de l’effet multiplicateur, l’investissement modifie l’offre ; et dans un second temps la demande s’adapte.

D’après l’analyse classique de Solow (1956), la croissance est stable et équilibrée : elle s’explique par l’accroissement des facteurs travail et capital (ex : croissance démographique, investissement …). On dit que la croissance est exogène. Si la croissance augmente plus que les facteurs c’est du fait d’un résidu : le progrès technique, qu’on ne peut expliquer.

Pour Rostow (1962) la croissance est une succession d’étapes favorisée au départ par des conditions politiques : démarrage / marche vers la maturité / consommation de masse.

 

• Nouvelles théories de la croissance

D’où un développement de nouvelles théories de la croissance (Guellec & Ralle) qui proposent des théories de la croissance endogène : càd cherchant à expliquer le résidu.

La croissance s’explique par l’effort de recherche et développement des agents économiques qui est la source du progrès technique : Romer (1986).

La croissance s’explique par le capital humain que les agents accumulent et qui leur permet d’être plus efficaces : Lucas (1988).

La croissance s’explique par les dépenses publiques concernant des infrastructures qui bénéficient à l’ensemble de la production : Barro (1990).

La croissance s’explique par le processus d’innovation qui fait disparaître les anciens produits ou procédés pour les remplacer par des nouveautés : Aghion & Howitt (1992).

De même, l’approche institutionnaliste a insisté sur le rôle déterminant de facteurs sociaux sur la croissance.

Pour North (1990) les institutions politiques ont favorisé la croissance aux USA : le droit de propriété a ainsi permis l’investissement ou l’innovation.

 

Conclusion :

La croissance s’explique de plus en plus par la politique économique, car le rôle de l’Etat et des institutions publiques semble déterminant.

 

Références :

AGHION, Philippe & HOWITT, Peter : A model of growth through creative destruction, Econometrica, 1992

BARRO, Robert : Government spending in a simple model of endogenous growth, Journal of Political Economy, 1990

CARRE, Jean-Jacques ; DUBOIS, Paul & MALINVAUD, Edmond : La croissance française, Seuil, 1972

DENISON, Edward : Why growth rates differ, Brookings, 1967

DOMAR, Evsey : Expansion and employment, American Economic Review, 1947

GADREY, Jean & JANY-CATRICE, Florence : Les nouveaux indicateurs de richesse, La Découverte, 2007

GUELLEC, Dominique & RALLE, Pierre : Les nouvelles théories de la croissance, La Découverte, 1995

HARROD, Roy Forbes : An essay in dynamic theory, Economic Journal, 1939

LUCAS, Robert : On the mechanics of economic development, Journal of Monetary Economics, 1988

MADDISON, Angus : Les phases du développement capitaliste, Economica, 1981

NORTH, Douglass : Institutions, institutional change and economic performance, Cambridge University Press, 1990

ROMER, Paul : Rendements croissants et croissance à long terme, Idées, 1986

ROSTOW, Walt : Les étapes de la croissance économique, Seuil, 1962

SOLOW, Robert : Une contribution à la théorie de la croissance économique, in ABRAHAM-FROIS, Gilbert dir., Problématiques de la croissance, Economica, 1956

00:21 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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