01/10/2011

Introduction au raisonnement économique

Les technologies, les entreprises leader, les conditions de travail changent … mais les mêmes raisonnements s’appliquent. Remarque de Shapiro & Varian.

Ex : la division du travail mise en valeur par Smith (1776) reste d’actualité

La science économique étudie la manière dont les agents (individus, entreprises et pouvoirs publics) font des choix et leurs conséquences sur l’utilisation des ressources d’une société.

Définition de Stiglitz & Walsh, approche moderne de l’économie.

On peut isoler cinq grands concepts :

- Les arbitrages : choisir c’est également renoncer (selon les économistes néo-classiques : « there is no free lunch »).

- Les incitations : les avantages et les inconvénients d’une décision (ex : payer la réception des appels sur un portable).

- Les échanges : reposent sur le mécanisme de marché (ex : pollution).

- L’information : la connaissance des coûts, des limites … des options (ex : asymétrie d’information).

- La distribution : la richesse et les revenus découlent de nos choix (ex : la durée des études).

L’économie traite de la production des biens et des services ainsi que de la consommation de ces mêmes biens et services.

La science économique est indissociable du problème de la rareté (ex : le pétrole). Comme les désirs humains ne connaissent pas de limites alors que les ressources sont disponibles en quantité limitée, il est nécessaire de choisir. Ex : on ne peut travailler que 24 heures par jour

Q : à quoi sert la science économique ?

 

I] Les débats économiques

Ils reposent sur des grands clivages :

• La formalisation

On oppose l’économie littéraire (ex : Galbraith) et l’économie mathématique (ex : Walras).

Cette distinction découle de l’analyse de Popper : les mathématiques fournissent un langage commun qui permet de tester les théories.

La question a été réglée à la suite de la « querelle des méthodes » à la fin du XIXe siècle, c’est l’économie formalisée qui domine aujourd’hui.

Mais pour toucher le grand public, les chercheurs utilisent aussi la vulgarisation.

 

• La théorie

On oppose l’économie théorique (ex : Keynes) et l’économie empirique (ex : test de la théorie keynésienne de la consommation).

Les approches et les méthodes sont différentes : dans un cas on propose un modèle, une vision ; dans l’autre on vérifie les résultats du modèle.

On assiste à des effets de mode entre les deux approches. Aujourd’hui l’économie empirique domine les travaux.

 

• Les conséquences

On oppose l’économie positive (ce qui est) et l’économie normative (ce qui doit être).

Cette distinction a été proposée par Friedman qui l’a mise en œuvre : sa théorie monétaire est positive (elle explique l’inflation), sa théorie du libéralisme est normative (il considère que le mécanisme de marché est le meilleur dans toutes les situations).

Du fait de ces grands clivages, on voit apparaître un courant dominant : l’économie néo-classique (formalisée et théorique) ; et deux critiques majeures :

- L’hétérodoxie : utilise d’autres théories pour analyser les mêmes faits (ex : la théorie de la finance d’Orléan)

- L’économie comportementale : utilise la psychologie appliquée à l’économie pour tester les modèles dans la réalité (ex : les travaux d’Ariely)

 

II] Les outils de l’économie

Les économistes mobilisent un ensemble de techniques d’analyse :

• Les indicateurs

Ils permettent de mesurer des phénomènes.

Ex : indice des prix pour l’inflation, taux de chômage pour l’emploi …

 

• La comptabilité

L’enregistrement des flux entre agents.

Ex : comptabilité privée ou comptabilité nationale

 

• L’économétrie

Technique statistique qui chercher à tester la validité d’une théorie (en fonction des variables)

Ex : Piketty & Valdenaire sur l’influence de la taille d’une classe sur les résultats scolaires

L’économétrie permet de mettre en valeur la causalité et de prédire … mais des erreurs existent, ainsi que des biais. De plus en plus de travaux utilisent les expériences naturelles pour comparer des populations en principe identiques dans des situations différentes.

Ex : naissance le 31 décembre ou le 1erjanvier

 

• Les modèles

Ils consistent à faire apparaître des lois, des règles ou des paradoxes concernant les phénomènes économiques.

Ex : la loi de l’offre et de la demande

 

• Le calcul économique

Ensemble des méthodes permettant d’éclairer les choix des décideurs par un raisonnement économique.

Ex : construction d’un pont, prix d’un péage …

 

III] La construction sociale de l’économie

• Qui sont les économistes, Slim (2007)

Construction historique de la profession : lien avec l’histoire de la pensée.

Métier essentiellement masculin.

Grande pluralité de fonctions :

- enseignants, chercheurs …

- professionnels et praticiens : dans les banques, les syndicats, la presse …

- amateurs : blogs, scientifiques d’autres disciplines …

Profession autonome : qui fait de moins en moins appel aux autres sciences sociales.

 

• Comment est produite la science économique

Il faut publier des articles dans des revues à comité de lecture (peer review).

Pour réaliser un papier, il faut plusieurs étapes :

- avoir le statut de chercheur

- faire circuler un document de travail

- l’envoyer à une revue

- que la revue l’accepte

D’où une logique de réseaux (séminaires, colloques) et une certaine durée avant publication.

 

• L’idéologie économique

Des travaux sociologiques s’intéressent à la manière dont les économistes produisent leur savoir. Lebaron (2000) insiste sur la manière dont l’économie utilise son caractère scientifique pour imposer son argumentation, qu’il nomme « croyance économique ». Cela découle des statuts des producteurs du savoir économique. Ex : prix « Nobel » d’économie.

Fourcade (2009) étudie les stratégies professionnelles des économistes aux USA, en Angleterre et en France de manière comparative. Elle constate que les économistes mènent des stratégies pour imposer leur expertise ou leur vision de la science.

 

Conclusion :

L’économie est un domaine dont les techniques sont solidement établies mais de plus en plus hermétiques.

D’où une prolifération d’opinions se qualifiant d’économiques mais non fondées sur un réel raisonnement économique.

 

Références :

ARIELY, Dan : C’est (vraiment ?) moi qui décide, Flammarion, 2008

FOURCADE, Marion : Economists & societies, Princeton University Press, 2009

FRIEDMAN, Milton : Essais d’économie positive, Litec, 1953

GALBRAITH, John Kenneth : La crise économique de 1929, Payot, 1954

KEYNES, JohnMaynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

LEBARON, Frédéric : La croyance économique, Seuil, 2000

ORLEAN, André : Le pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999

POPPER, Karl : La logique de la découverte scientifique, Payot, 1934

PIKETTY, Thomas & VALDENAIRE, Mathieu : L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français, Education Nationale, 2006

SHAPIRO, Carl & VARIAN, Hal : Economie de l’information, De Boeck, 1998

SLIM, Assen dir. : Comment je suis devenu économiste, Le Cavalier Bleu, 2007

SMITH, Adam : Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776

STIGLITZ, Joseph & WALSH, Carl : Principes d’économie moderne, De Boeck, 2006

WALRAS, Léon : Eléments d’économie politique pure, Economica, 1874

15:05 Écrit par Guillaume ARNOULD dans Economie |  Facebook | | |

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